VEILLET-LAVALLÉE, Charles (1870-1962)

 

 


Charles Veillet-Lavallée, 1915
Collection Mme Claudine Veillet-Lavallée


Charles Veillet-Lavallée, 1931
Collection Mme Claudine Veillet-Lavallée

Né à Mortagne le 16 août 1870, décédé à Mortagne en avril 1962. Condisciple de Francis Jammes à Bordeaux. Son père avait été capitaine au long cours, ce qui ne pouvait que plaire au futur poète. Le mémorialiste a raconté comment, tel Jean-Jacques Rousseau (Les Confessions, livre V), il fit de dangereuses expériences de chimie avec son jeune camarade et un troisième larron nommé Philippe Laurens. Professeur agrégé d’anglais, Charles Veillet-Lavallée enseigna à H.E.C., en particulier. Beau-frère du peintre Charles Lacoste. Francis Jammes était le parrain de son fils, Francis, futur directeur des services de traduction du bureau européen de l’ONU.

 



Avec sa verve habituelle, non sans émotion, Francis Jammes a décrit, dans Les Caprices du Poète (pp. 17-18) une soirée à Paris chez cet ami marié à une jeune créole : une petite Indienne « couleur d’encre de Chine, ramenée de Guyane, et qui piquait dans ses cheveux des œillets roses » servit des plats épicés, tandis qu’une vieille marronne des Antilles, à madras et châle étincelants, berçait l’un des enfants du couple d’hôtes.

Le poème « Il y avait des carafes… », écrit en juin 1889, lui est dédié. Il sera inséré dans De l’Angélus de l’Aube à l’Angélus du Soir. La scène se passe à Orthez, dans la maison « Major », pour l’heure occupée par le pasteur Paul Monnier, mais où le poète habitera de décembre 1907 à juillet 1921 :

IL Y AVAIT DES CARAFES…

            À Charles Veillet

Il y avait des carafes d’eau claire
dans le petit jardin noir du ministre protestant,
à sa maison qui a un air sévère ;
et il y avait aussi de gros verres
sur la nappe. Il y avait des feuilles aux contrevents.

Le mois de juin. Sur la petite allée,
un morceau de canne à ligne, cassée et en roseau,
avait été jeté, et la journée
était grise et, comme l’on dit, chargée,
et comme quand il doit tomber de grosses gouttes d’eau.

Par la fenêtre noire, triste, ouverte,
on entendait un piano dans les lauriers luisants.
Les petites fenêtres étaient vertes.
Là on devait être bien heureux, certes,
comme dans les livres de Rousseau il y a longtemps.



« Ma camaraderie avec Charles Veillet, comme avec Charles Lacoste, était inaltérable. »

 

Jacques Le Gall