GHÉON, Henri (1875 – 1944)

 

Portrait d'Henri Ghéon, par Jean Veber ; source : gallica.bnf.frHenri Vaugeon – Henri Ghéon en littérature – est né à Bray-sur-Seine le 15 mars 1875. Docteur en médecine et homme de lettres (poète, auteur dramatique et critique littéraire). En novembre 1908, il fit partie des fondateurs de la NRF. Il fut aussi membre du Comité de direction de l'Association du Foyer de l’Abbaye de Royaumont. Mais la Première Guerre mondiale change l'orientation de sa vie et de son œuvre. Engagé comme médecin sur le front d’Artois, il recouvre, à quarante ans, la foi catholique. L'Homme né de la guerre – c’est le titre donné au récit de sa foudroyante conversion – va désormais mettre son art au service de Dieu. Il devient tertiaire de l'ordre dominicain. Il est mort oublié, à Paris, le 13 juin 1944.

Henri Ghéon adresse un premier hommage à Francis Jammes en 1896 :

« Nous sommes beaucoup à vous aimer, mon cher Jammes,
et il ne faut pas vous plaindre d’une destinée littéraire qui
aura groupé autour de vous, non une foule vide d’éloquence
sonore et fausse, mais quelques êtres pris à la partie la plus
intime et la plus tendre de leurs âmes ».

 

L’année suivante, en mars 1897, il réaffirme son admiration pour son « grand aîné » : « Toute la jeunesse qui se lève vous respecte et vous admire, […] ». En février 1897, il avait écrit un article intitulé « Francis Jammes et la poésie d’humilité » qui parut dans La Province Nouvelle. Le poète d’Orthez lui adressa une carte postale de remerciement le 23 février. S’ensuivit une correspondance. En mai de la même année, Ghéon dédie à Jammes sa première œuvre en vers (Chansons d’Aube). Les deux hommes se rencontrent pour la première fois en 1898 au château de la Roque-Baignard, chez Gide que Ghéon avait rencontré l’année précédente et qui devint son ami en même temps que son guide littéraire (il faut lire la correspondance Gide-Ghéon). En mai 1901, Ghéon signe encore, dans L’Ermitage, un article élogieux sur Le Deuil des Primevères qui vient de paraître. Ensuite, pour un temps, les relations entre les deux écrivains se distendirent. C’est ainsi que Ghéon, qui ne s’était pas encore converti, jugea assez sévèrement Les Géorgiques chrétiennes, dans La Nouvelle Revue Française du 1er octobre 1912.

Mais revenons en arrière : c’est en 1898 que Francis Jammes avait dédié à Henri Ghéon ce poème où alternent rythmes longs et rythmes courts : « Le vent triste… ». Conservé à Pau, le Ms 529 (ce sont les épreuves corrigées du recueil de 1898 : De l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir) montre l’ajout de cette dédicace à l’auteur des Campagnes simples (paru en 1897) :

 

Le vent triste, extrait de "De l'Angelus ...", MIAL, Ms529


LE VENT TRISTE

Le vent triste souffle dans le parc,
comme dans un livre que je lus enfant.
où une écolière perdue était hagarde.
                   Le vent.

Il va casser, peut-être, le tulipier.
Il fait voir le dessous des feuilles blanc
du vernis du Japon qu’il semble essuyer,
                  Le vent.

Le baromètre est descendu subitement.
Peut-être que ça va être un ouragan.
Il ne peut pas pleuvoir, mais on entend
                  Le vent.

Dans les livres de prix, monsieur et madame d’Arvan
reviendraient en pressant le pas chez eux,
vers un château tout bleu malgré le mauvais temps.
                  Le vent.

Sortez de ma tête, ô manoirs moisissants
où devaient se passer d’étranges adultères,
par les temps tristes, en Angleterre.
                  Le vent.

Sortez de ma tête, gentilles écolières
qui jouiez à cache-cache dans la clairière,
et reveniez vers le grenier sombre, à cause du grand
                  vent.

Sortez de ma tête, vieux marquis des villes
qui, dans les maisons pluvieuses, lisiez Virgile
dans des fauteuils à oreillettes, par des temps
                  de vent.

Sors de ma tête, ma douce tristesse,
et va-t-en vers le coteau fané, va-t-en
où va, sur un air un peu Chateaubriand,
                  le vent.

 

De l’Angélus de l’Aube à l’Angélus du soir (OPC, p. 103)

 

Un feuillet du Ms 214, conservé à Orthez, contient un bel éloge d'Henri Ghéon. Il n'a cependant pas été conservé dans Les Airs du mois où il aurait dû figurer :


extrait du Ms214, Médiathèque Jean-Louis Curtis, Orthez

La quête héroïque du Graal

9 avril. - L'apôtre le plus désintéressé que j'ai connu - sans jamais aucune concession à soi-même ni de condescendance vis-à-vis du prochain qu'il aime d'une charité parfaite, c'est Henri Ghéon.

 

Bibliographie : Correspondance de Francis Jammes avec Henri Ghéon. Introduction et notes de Jean Tipy, Biarritz, J & D, 1988.

 

Jacques Le Gall