Ms268 - Élégie (1902)

 

 

Manuscrit autographe (2 ff. ; dim : 31 x 20 cm), daté d’avril 1902, signé. Poème écrit en souvenir d’Antoinette Meunier, cette grande jeune fille aux yeux couleur lavande dont Jammes fut le fiancé et pour qui il composa Tristesses.

Le fonds Jean Labbé contenait (pièces du P : Ms 452) deux autres manuscrits de cette « Élégie » : l’une, à l’encre violette, recopiée par madame Raymonde Barbey, l’amie et confidente d’Antoinette Meunier ; l’autre, autographe, datée et signée, assez différente de la version définitive.

Cette « Élégie » figure dans OPC, pp. 1390-1391.

 

 Élégie, Médiathèque A. Labarrère Pau, cote ms268

 

 

Antoinette Meunier à Ismaïlia
Médiathèque A. Labarrère Pau, cote PHA53

            ÉLÉGIE

Mon cœur pourquoi as-tu frémi au jour de Pâques ?
Ô mon cœur, qu’est-ce qui te souriait ainsi que le pommier
d’avril dans l’arc-en-ciel fleuri ?
Ô mon cœur fatigué, ô mon cœur si malade,
mon cœur, pourquoi as-tu frémi au jour de Pâques ?

Mon cœur qui t’en reviens du pays des déboires,
toi qui as passé les vergers amers,
suffit-il qu’une enfant plus pure qu’une eau vierge,
plus douce que la nuit dans le cœur des lilas
lève vers ton passé des yeux d’aurore bleue,
pour que l’espoir remonte au puits de ta douleur ?

Mon cœur est-il donc vrai que tu ne mourras pas,
ô toi qui attends comme le fit sœur Anne
que sur la route aride où le soleil poudroie,
où les cailloux aigus blessent le pied des ânes,
passât cet espoir-là que l’on n’espère plus ?

Dans quel printemps sans nom un lys m’a-t-il ému ?
Oh ! Quelle lèvre pure essuiera sur ma lèvre
ce goût qu’y a laissé la mortelle poussière
des coupables amours que j’ai longtemps semées,
comme un mauvais semeur qui jette de l’ivraie
sur le champ maternel, sur le champ consacré ?

Oh ! N’écoute plus rien, ô mon cœur… Mais demeure
tremblant d’attente, avec le poids de tes douleurs
sur le bord du ravin, dans les daphnés en fleurs.
Regarde… Et si la source aux yeux bleus est si pure
qu’elle puisse, ô mon cœur, te baptiser d’azur,
alors, enlace-la ainsi qu’un chèvrefeuille.

 

 

 

Jacques Le Gall