Ms132 - Le Mariage basque (1923)

 

 

 

Copie (69 pages) du roman par Bernadette Jammes. Quelques corrections de l’auteur, qui a daté et signé le manuscrit.

La dédicace à l’abbé Dibildos (« Qui lit à Hasparren ? » interrogeait Jammes. « Le chanoine Dibildos, quand il y est ») ne figure pas encore dans cette copie.

Jammes s’y prévaudra de la race basque par ses origines, sa mémoire, son cœur, et y affirmera sa volonté de reposer « dans cette terre fruste et bénie ».

De fait, le roman est basque « autant qu’il se peut ». N’y manquent ni les danses ni les parties de pelote, ni le repas de noce ni le défilé du deuil, ni la montagne ni la mer, ni la maison et les grandes ailes de son toit, ni les saisons et le rythme qu’elles naturalisent, ni la manière de vivre ni la lumière de foi du peuple euskarien.

 

C’est l’histoire de Manech, jeune paysan, grand pilotari, contrebandier à l’occasion, fidèle à ses devoirs religieux, ami du vicaire, né à Garralda, une ferme antique et vénérable d’où ne sont sortis que des paysans fiers de leur terre pauvre, des aventuriers partis s’enrichir aux Amériques, des prêtres et un missionnaire (l’oncle Jean-Baptiste, qui mourra au cours du récit).


La Danse des Satans, par Ramiro Arrue

La Partie de Pelote, par Ramiro Arrue

En Présence des Flots, par Ramiro Arrue

 

Le jeu de pelote annonce d’entrée le double défi que Manech aura à relever : pur et pieux, il devra résister aux agaceries de Yuana, la fille facile, et faire fortune de l’autre côté de l’Océan. L’ascension de l’Ursuya, cette montagne chère à Jammes (elle domine Hasparren, « semblable à un joug de feuillage posé au front de la vallée ») lui fait découvrir deux choses : Yuana n’est pas pour lui, tandis que l’appelle  la Mer.

Manech s’engage dans le marine en 1897.

Lors d’une permission, il se fiance à la vive et candide Kattalin, la fille du meunier. Mais il ne l’épousera qu’après avoir fait fortune aux Amériques. Il s’embarque pour le Chili en 1904. Après avoir travaillé dans une tannerie, il achète un hôtel qu’il met en gérance, puis spécule sur les nitrates. Riche et « arrivé » (pas parvenu), âgé de trente-trois ans, il revient au pays. Il peut doter chacun de ses frères et sœurs, lever les « récentes hypothèques prises sur Garralda », faire de Kattalin sa femme, dans la pure tradition basque.

 


La ferme Garralda, par Ramiro Arrue

Manech et Kattalin, par Ramiro Arrue

Le Mariage, par Ramiro Arrue

 

Un premier enfant naît en 1913. Manech perd un bras à la guerre en 1915. Cette blessure lui vaut un séjour de convalescence au bord de la mer. Il y verra Yuana pour la dernière fois : recueillie dans un couvent de Filles repenties, à Sainte-Madeleine, la voilà occupée à ce pauvre travail qui consiste à réparer des tombes que le vent et la pluie de l’Atlantique éparpillent sans cesse : « Car le sable et le péché, aussi facilement s’effacent ».

Le Mariage basque a été magnifiquement illustré par le peintre Ramiro Arrue et le graveur André Lambert (Paris, Le Divan, 1926).

Le Mariage basque est suivi du Mariage de raison dans le premier livre que Francis Jammes a écrit à Hasparren, dans sa maison d’Eyhartzea : Cloches pour deux mariages (Mercure de France, 1923).

Un premier jet du manuscrit autographe du Mariage de raison est conservé à Pau sous le titre « À l’école de la Vierge » (P : Ms 449). Orthez en conserve le manuscrit de second jet (O : Ms 150).

 

À Pau, le Ms 131, très composite, contient un feuillet sur lequel Jammes a inscrit des dates qui lui serviront de repères pour raconter l’histoire de Manech :

 

Jacques Le Gall