Ms7 - Pourquoi voulez-vous ? (1900)

 

 

Manuscrit autographe (1 f. ; dim : 31 x 20), signé, daté du 26 novembre1900. Nombreuses ratures. Acquisition Drouot, 8 mars 1994.





La copie par Mme Francis Jammes (1 f. ; dim : 27 x 21) n’a pas été numérisée.

Le poème, dédié à Franz Toussaint, fut d’abord publié dans La Phalange (15 novembre 1938-15 janvier 1939). Repris dans Prends nos vieux souvenirs, Paris, Éditions de l’Ancre d’Or, en 1947 (pp. 56-57). Et dans OPC, en 2006 (p. 352).

La douleur est l’un des grands thèmes de l’œuvre de Jammes. Le poète la divinisera (La Divine Douleur). Très tôt, l’amour l’a sacralisée. Et c’est une preuve supplémentaire qu’il n’y a pas de véritable rupture dans cette œuvre. Mais, en effet, une courbe.

POURQUOI VOULEZ-VOUS ?

            À Franz Toussaint

Pourquoi voulez-vous que je taise
           ma douleur ?
Qu’est-ce que ça fait ? Je laisse
       aller mon cœur.

Aucun amour, aucun refus
      ne pourrait plus
me faire mal, tant je suis plein
          de chagrin.

Heureux encore d’avoir vécu des jours
        d’amour…

Je puis mourir. Car je serais
          trop fatigué
d’aimer encore et de recommencer
        à m’expliquer.

Puis me ferais-je comprendre ?
    Seul, dans ma chambre,
faisant des vers, traité par tous
                de fou ?

Il n’est donc personne au monde
           pour aimer
mon cœur sourd et profond,
                amer ?

Si. Il en est une, mais elle se meurt
              d’amour.

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Écouter la lecture musicale (thème 5, titre 6)
 
 

Puisque le poème lui est dédié, il n’est pas inutile de rappeler que Franz Toussaint (1879-1955) est l’auteur de Le Jardin des caresses (« traduit de l’arabe. Poésies en prose ») qu’il écrivit en partie à Jurançon, villa « Floriane », où son père, le général vicomte Toussaint, et sa mère née Caroline de Nays-Candau, s’étaient fixés.

Franz Toussaint a écrit une vingtaine de recueils de poèmes en prose, souvent à la gloire de l’Orient où il avait voyagé : L’Amour fardé, In’ Ch’ Allah !, La Flûte de jade, La Sultane de l’Amour, Les Colombes des minarets, Le livre d’amour de la Perse… Il est également l’auteur de livres que l’on pourrait qualifier de régionalistes (Zorka ou bien La Petite Fille à l’accordéon…) et de diverses monographies : Napoléon Ier, Jaurès intime, Lénine inconnu, Jean Giraudoux (Arthème Fayard, 1953)… Il faut lire Les Sentiments distingués (Robert Laffont, 1946), qui sont les mémoires de cet écrivain ami de Paul-Jean Toulet, Jean Giraudoux, Pierre Louÿs, Henri de Montherlant... Franz Toussaint est mort à Saint-Jean-de-Luz, où il s’était installé, villa « Aïce Eder ».

 

Une dizaine d’années avant la publication de ses premières œuvres (dans La Revue de Paris et le Mercure de France), Franz Toussaint avait adressé quelques poèmes en prose à Francis Jammes. Le 14 décembre 1900, celui-ci le remercia : « […] J’ai reçu peu de proses d’une telle délicatesse aussi parfaitement belle, aussi douloureuse et passionnée […] ».

 

Jacques Le Gall