Ms452/50 - Le testament d'un poète (1928)

 

Manuscrit autographe, non daté, non signé. Donné par Mme Francis Jammes, à Jean Labbé.

Les deux premières pages (dim : 27,5 x 21,5) sont écrites au crayon.

Les huit autres (dim : 22 x 17 pour les deux premières ; 27,5 x 21,5 pour les six dernières) à l’encre.



Les deux premières pages du manuscrit écrites au crayon

Les huit pages du manuscrit écrites à l'encre

 

 

 

Ces pages constituent le testament spirituel d’un époux, d’un père, d’un poète et d’un chrétien. Les variantes par rapport au texte – plus réduit – qui sera placé en tête de La Divine Douleur (Bloud et Gay, 1928, pp. 1 à 6) sont nombreuses et intéressantes. Ces pages sont, en effet, à rattacher aux trois manuscrits de La Divine Douleur conservés à Pau : Ms 448, Ms 453 et Ms 454.

À sa femme, Francis Jammes laisse l’ombre de son humble foyer, « plus sonore de grillons que de pièces d’or », et les enfants qu’elle lui a « donnés au péril de sa vie ». Il rappelle les épreuves qu’elle dut traverser et qu’elle lui donna, lors des fiançailles, un crucifix inséparable du hochet de corail ramené des Antilles par Louis-Victor Jammes.

À son fils aîné, Paul, le père offre les prières familiales du soir ainsi qu’« un bouquet de ces belles fleurs d’or que l’on nomme soucis ». Des soucis, parce qu’ils sont inévitables, « d’or parce que son cœur est d’or ».

À son fils Michel, le père laisse deux portraits qu’il joint au testament, l’un de l’enfant quand il avait quatre ans, l’autre à l’âge de treize ans. Il lui lègue aussi des choses qu’il aima : son outre de chasse, un catalogue de fleuriste, le hamac et des graines de melon d’eau.

À Bernadette, sa fille aînée, le poète lègue son dernier porte-plume, la règle qui est sur sa table « en signe de la droiture qu’elle montra toujours et de la classe qu’elle faisait aux petits du village quand l’institutrice libre était absente ».

À Emmanuèle, dite Neillon, « dont les fantaisies ont des reflets changeants comme les poissons », il donne sa canne à ligne et le panier à pêche, le chat nommé Carnaval de Venise, « parce qu’il porte un loup de velours noir naturel autour des yeux et jusque sur son museau », un papillon jadis poursuivi, la coquille de Saint-Jacques du poète-pèlerin, le vieux chapelet du R. P. Théodore.

À Marie, la miraculée de Lourdes, il laisse un autre chapelet, « son nom clair », ses belles qualités et son joli visage, le mot qu’elle prononça à Pau, devant les coteaux de la Vallée Heureuse, tandis qu’elle venait de guérir, presque de ressusciter : « Ô le beau pays ! »

À sa « blonde petite Anne », la Patriarche lègue un second chat, des fleurs, un oiseau bleu et une gravure « qui représente beaucoup de petites filles qui font leur communion solennelle, encadrées de myosotis ».

À Françoise, dite Mounette, Francis Jammes laisse l’« aplomb », « la sûreté de soi-même » qu’il se reconnaît et dont il eut à se servir, une cage à grillons.

Jammes avait tenu à placer aussi son testament au début de la plaquette Dieu, l’âme et le sentiment et Mme F. Jammes en tête du recueil posthume Heures chrétiennes (La Colombe, 1947).

 



Les sept enfants de la famille Jammes, de gauche à droite : Françoise (dite Mounette), Anne, Michel, Paul, Marie, Emmanuèle, Bernadette – Jean Lebrau (photographe) – Collection Jammes

 

 

Jacques Le Gall