VALLERY-RADOT, Robert (1885 - 1970)


 

Né au Château des Alleux, à Avallon, le 31 juillet 1885. A raconté dans Les Amis de Saint-François comment il découvrit la poésie de Francis Jammes à l’âge de 14 ans. Le début de la correspondance  entre les deux hommes date de 1906. Vint à Orthez en 1909 pour offrir à Jammes son recueil L’Eau du puits. Car ce grand ami de François Mauriac et surtout de George Bernanos commença par écrire de la poésie avant de participer au cénacle catholique animé par le vieux philosophe Georges Dumesnil et d’être le rédacteur en chef des Cahiers de l'Amitié de France. Plusieurs rencontres suivirent, à Paris ou au manoir de Lassagne, à Moncrabeau (Lot-et-Garonne) en septembre 1912. De 1914 à 1918, il fut mobilisé comme chef de section et reçut, à titre militaire, la Croix de guerre et la Légion d'honneur. Jammes l’affectionnait sincèrement, comme en témoigne, par exemple, une lettre qu’il adresse à François Mauriac le 20 avril 1920. Il lui a dédié « L’Auberge des Poètes », dans Feuilles dans le Vent (pp. 141-156). Très hostile au maçonnisme, Robert Vallery-Radot se réfugia en Espagne après la guerre de 1939-1945. Ordonné prêtre en 1953, il finit ses jours en 1970 à l'abbaye cistercienne de Bricquebec (Manche) sous le nom de père Irénée :

 

 

Robert Vallery-Radot, doit être situé bien moins dans le monde littéraire que dans l’ordre moral. Bien que, dans ses premières poésies et dans ses romans, il ait donné la mesure d’un parfait écrivain, ce n’est pas assez dire de lui. Il possède une vertu implacable dans ce monde : l’austérité. […] Il existe une montagne plus élevée en réalité que le Parnasse, le Calvaire. Il l’a gravie une première fois en soldat enveloppé du ciel gris de son uniforme et il la gravit à nouveau, pèlerin dont j’entends la voix basse et grave prier comme l’eau du Cédron.

Le Patriarche et son troupeau, p. 63
(Derniers mots du quatrième volume, inachevé,
des Mémoires de Francis Jammes)



À la mort de Robert Vallery-Radot, le 3 février 1970, François Mauriac célébra lui aussi son compagnon des Cahiers de l'Amitié de France :

Robert Vallery-Radot est le dernier des témoins survivants de ma jeunesse parisienne. […] Robert Vallery-Radot, qui avait une femme charmante et adorée, et des enfants qui peuplaient chaque année sa maison, confondit toujours sa présence dans ma vie avec celle de Dieu. Il a fini à la Trappe, après des épreuves sans nom : sa jeune femme devenant folle d’angoisse durant la Première guerre où il se battait à Vauquois… Et il est revenu indemne pour la voir disparaître lentement dans les ténèbres commençantes qui devaient s’épaissir d’année en année. Que de souffrances ! Que d’erreurs aussi en politique à une époque où les erreurs politiques se payaient le prix fort. Mais à aucun moment Dieu n’a été absent de sa vie, n’a cessé de l’occuper tout entière, alors que moi je me croyais en permission et ne le suivais que de loin.



Blocs-notes (tome V, 1968-1970), Seuil, 1993,
(mercredi 25 février 1970, pp. 308-309)

S’il n’est pas parvenu à terminer son Marsyas écorché, Robert Vallery-Radot a beaucoup écrit et publié, des articles pour nombre de revues, et aussi une vingtaine de livres :

  • 1905 : Prière à sainte Catherine de Sienne (revue Les Essais).
  • 1907 : Les Grains de myrrhe (Sansot).
  • 1909 : L’Eau du puits (Plon).
  • 1910 : Leur Royaume (Plon).
  • 1913 : L’Homme de désir (Plon).
  • 1916 : Anthologie de la poésie catholique de Villon jusqu’à nos jours (Plon).
  • 1917 : Le Réveil de l’esprit (Perrin).
  • 1918 : L’Homme de Douleur (Crès).
  • 1920 : Devant les idoles (Perrin).
  • 1924 : La Terre de vision. Récit d’un pèlerin (Perrin).
  • 1925 : La Clé du festin (Bloud & Gay).
  • 1929 : Le Secret de la nuit (Éditions Saint-Michel).
  • 1931 : Lamennais ou le prêtre malgré lui (Plon).
  • 1932 : Le Temps de la colère (Bernard Grasset).
  • 1934 : Dictature de la Maçonnerie (Bernard Grasset).
  • 1940 : Israël et nous (Bernard Grasset).
  • 1941 : La Franc-maçonnerie vous parle (Plon).
  • 1942 : Sources d’une doctrine nationale, de Joseph de Maistre à Charles Péguy (Sequana).
  • 1956 : La Mission de Dom Vital Lehodey (Cerf).
  • 1963 et 1969 : Bernard de Fontaines, abbé de Clairvaux, ou les Noces de la Grâce de la nature (2 volumes chez Desclée).

 

 

Bibliographie : « Francis Jammes / Robert Vallery-Radot – Correspondance (1906-1934) », Bulletin de l’Association Francis Jammes, n° 28 (décembre 1998) : chronologie, bibliographie, présentation, établissement du texte et notes par Hervé Serry.

 

Jacques Le Gall