BALDE, Jean (1885-1938)

 

 

Portrait de Jean Balde ; Journal Sud-Ouest
Portrait de Jean Balde

Jeanne Alleman est née à Bordeaux le 13 mars 1885. Son père tient un commerce de bouchons dans cette ville et possède un vignoble dans l’Entre-deux-Mers près de Latresne. Elle suit les cours d’histoire de Camille Jullian et les cours de littérature française de Fortunat Strowsky. Elle y rencontre les jeunes écrivains bordelais François Mauriac, Martial Piéchaud, Jean de La Ville de Mirmont, André Lafon. En 1908, elle publie un recueil de poèmes Âmes d’artistes qui est couronné par l’Académie française.

Pour son premier roman Les Ébauches (1911), elle prend le pseudonyme de Jean Balde, transposition du nom de son grand-oncle Jean-François Bladé, historien et collecteur de contes gascons. Avant la guerre, elle présente une de ses élèves Jeanne Lafon à son ami François Mauriac qui l’épousera ; elle gardera jusqu’à sa mort des liens étroits avec la famille Mauriac. Elle-même se fiance à André Lafon auteur du roman L’Élève Gilles qui est récompensé par l’Académie française. À cette occasion, elle publie un article dans lequel elle cite Francis Jammes avec toute l’admiration qu’elle ressent pour son œuvre :


 

Quant à moi, je pense aux peintres qui nous apprirent la pureté du ciel de France, et qui ouvrirent aux beautés proches nos yeux fatigués par tant de sujets artificiels… Surtout, je pense à Francis Jammes et je sens bien que ces purs artistes, en nous désignant la vraie vie, ont merveilleusement rafraîchit nos cœurs. (La Liberté du Sud-Ouest 2 mai 1912)

 

Francis Jammes lui adresse une carte de remerciement qui, on peut l’imaginer, lui procure un vif plaisir, et elle y répond :


Portrait de Jean Balde ; Centre François Mauriac, Malagar

 

La jeune fille qui signe Jean Balde fut profondément touchée en recevant la carte que vous avez bien voulu lui adresser… Vous êtes celui qui nous apprit tout, celui qui nous aide chaque jour dans la lente découverte des choses créées. Et notre âme se sent plus fraîche et plus simple d’avoir beaucoup regardé la vôtre. (2 juillet 1912)

 


Commence alors une correspondance qui s’interrompt durant la guerre, moment douloureux pour Jean Balde qui, après la rupture de ses fiançailles avec André Lafon, affronte la mort de ce dernier et la disparition de nombreux amis romanciers et poètes dont elle célèbre la mémoire dans un long chant funèbre : Mausolées, heures de guerre (1915).

Francis Jammes met fin à ce long silence en 1921 et Jean Balde, émue d’être encore présente dans la mémoire du poète, le remercie par l’envoi de son recueil. La plupart de leurs échanges sont ceux de deux écrivains. Ils s’envoient mutuellement leurs œuvres qui donnent lieu à des articles critiques, surtout de la part de Jean Balde, toujours imprégnée de la poésie de Jammes auquel elle consacre plusieurs conférences et lectures publiques. Parmi les nombreux articles qu’elle envoie régulièrement aux revues et quotidiens, on trouve les analyses des Deuxième et Troisième livres des quatrains, de Cloches pour deux mariages, du Rêve franciscain dans La Liberté du Sud-Ouest ; une étude de Janot-poète paraît dans La Revue hebdomadaire.

La romancière soutient le poète de sa profonde confiance lorsqu’il se présente aux suffrages de l’Académie et le réconforte dans ses échecs. Elle le sollicite pour qu’il l’aide à faire connaître ses publications, comme il la prie d’intervenir auprès des éditeurs pour rendre service à ses amis : Arthur Chassériau, Pierre Alciette.

La dernière missive de Jean Balde, à l’occasion de la mort de la mère du poète, empreinte de compassion et de foi, exprime le lien profond qui les unissait :

Je pense tristement à vous, si aimant, dont le cœur doit être tout ébranlé comme un arbre déraciné … Celle qui s’en est allée a vu votre gloire. Vous avez fait son nom immortel. Et ceux qui croient, comme vous croyez, restent unis en Dieu. (Avril 1934)

 

Portrait de Jean Balde ; Centre François Mauriac, Malagar
Portrait de Jean Balde

 

Elle se consacre tout entière à l’écriture, des romans surtout  : Les Liens (1920), La Vigne et la maison (1922), La Survivante (1923), Le Goéland (1926), sur lequel Francis Jammes écrit dans Le Correspondant un long article élogieux, Reine d’Arbieux (1928), L’arène brûlante (1929) dédié à Francis Jammes (« J’inscris avec une affectueuse émotion, à la première page, votre nom aimé, ce nom qui rayonne sur la poésie de notre temps comme un astre solitaire et pur. »), La Touffe de gui (1933), La Maison Marbuzet (1934), Le Pylône et la maison (1936). Elle publie également une pièce en un acte : La Comédie de Watteau (1927), plusieurs essais : l’un consacré à son grand-oncle : Un d’Artagnan de plume, Jean-François Bladé (1930), d’autres illustrant son intérêt pour les femmes – elle dirige de 1925 à 1928 Les Cahiers féminins qui publient des œuvres féminines du monde entier – Les Dames de la Miséricorde (1932) , Madame Elisabeth (1935), Jeunes filles de France (1937). Son dernier ouvrage, La Maison au bord du fleuve, rassemble ses Souvenirs bordelais (1937).


Elle meurt dans sa maison de Latresne le 4 mai 1938, après la remise de la Légion d’honneur par son ami François Mauriac qui salue, au retour du cimetière où il est allé l’accompagner, « une grande âme dont la poésie prenait sa source dans cet amour des êtres et des choses de son pays, dans cette adoration de la lumière girondine ».


Elle était d’origine fluviale, comme une nymphe, et c’est pourquoi, dans son Goéland, elle impose à la matière même tant de majesté, lorsque, ainsi que d’un Puvis, se détache sur la nacre du ciel et de l’eau, et glisse, une pinasse qui semble se hausser vers Dieu.

Francis Jammes, Le Correspondant, juin 1926


Il existe deux liasses de lettres envoyées par Jean Balde à Francis Jammes. Elles vont du 2 juillet 1912 à avril 1934 :

  • 14 lettres manuscrites étaient conservées par l’Association Francis Jammes à Orthez.
  • 29 lettres ont été déposées par Madame Francis Jammes à la Bibliothèque de Bordeaux (liasse 2126 des Fonds patrimoniaux). Parmi ces dernières, manuscrites, 20 sont également reprises en tapuscrits : lettres 1 à 7 et 17 à 29 ; les lettres 8 à 16 n’existent qu’en manuscrits.]

Les lettres de Francis Jammes semblent perdues.



Bibliographie : 1/ Jacques Monférier : Jean Balde, éd. Mollat, Bordeaux 1997. 2/ Louis-Georges Planes : Mon amie Jean Balde, in Actes de l’Académie de Bordeaux, 1962. 3/ Bulletin de l’ Association Francis Jammes, n° 53 (décembre 2011) : Francis Jammes et Jean Balde, une amitié. 4/ Denise Gellini : « Visages du Sud-Ouest dans l’œuvre de Jean Balde », Le Jardin d’Essai, Paris 2011.


Denise Gellini