Ms452/25 - La cloche et la poulie (1902)

 

Manuscrit autographe de deux feuillets (dim : 31 x 20) plus un feuillet découpé (dim : 11 x 17,5) collé sur la première page. Il est daté au crayon (1902) et signé. Encre et crayon. Nombreuses ratures. Acquis de Jean Loize au printemps 1949.



Ce texte marque le début de l’intermittente et parfois orageuse collaboration de Jammes au Figaro. C’est sur l’intervention de Mme Bulteau que Gaston Calmette (1858-1914) s’était décidé à ouvrir au poète les colonnes de son journal, lui demandant une suite d’articles sur les animaux. Au total, diversement répartis entre 1902 et 1936, quarante-quatre articles de Jammes (ils ont  été repris dans le Bulletin de l’Association Francis Jammes, en 1986, n° 7 et n° 8) paraîtront dans ce journal qui n’avait pas encore la notoriété actuelle. Mais l’hostilité narquoise de certains rédacteurs – Jules et Léo Claretie en particulier – qui jugeaient de pareils textes peu appropriés au goût des lecteurs, en fit différer la publication. Jammes chargea Arthur Fontaine d’aller s’expliquer en son nom auprès du directeur du Figaro, d’insister même, s’il le jugeait nécessaire, sur l’éloge que lui fit Millerand de « La cloche et la poulie ».

Cette chronique se présente sous la forme d’une fable. Et le fabuliste reste poète. Il imagine quelque chose comme un dialogue entre la cloche de la chapelle de Noarrieu, « cette cloche qui vit de la vie des choses que l’on n’aperçoit que tout à coup », et sa voisine, « la poulie d’un puits brisé », semblable à une vieille servante, dont le « pauvre cri rouillé d’oie sauvage monte dans le pieux mystère du vide ». De la cloche, qui sonne l’Angélus, accompagne les belles processions et voyage jusqu’à Rome, la poulie se dit : « Que ma sœur est savante ! ». De la poulie qui sanglote d’amour, la poulie pense : « Que bénis soient les simples ! Ma sœur, pour adorer, n’a pas besoin de mes hymnes ». La fable illustre ainsi l’un des grands thèmes de Jammes : la prière des humbles monte au Ciel aussi sûrement que les plus riches louanges.


Ancienne chapelle et cimetière de Noarrieu
Fonds Association F. Jammes Orthez

Comme Jammes n’est jamais tout à fait absent de ce qu’il écrit, il termine son apologue par un mélancolique appel : « Ô cloche, et vous, poulie ! dites-moi où est le bonheur. »

Et comme ce qu’il a écrit (en l'occurrence Clara d'Ellébeuse) n’est pas davantage absent de ce qu’il est en train d’écrire, il commence son récit par une poétique évocation de la chapelle de Noarrieu « bâtie au pied d’un coteau où Jean-Jacques eût herborisé en écoutant le vent du soir gémir dans le bois qu’il retrousse et dénouer, au creux le plus vert de la prairie, la ceinture de la fontaine ».

 

 

 

 

Jacques Le Gall