Ms452/16 - La visite des dieux (1898)

 

 

Manuscrit autographe (3 ff. ; dim : 31 x 19), daté et signé. Sans doute s’agit-il d’une mise au propre réalisée par Francis Jammes. Acquis de Loize au printemps 1949.

 

 

Inédit quand Jean Labbé l’a acheté, ce poème a été publié dix ans plus tard, dans La Voix des Poètes, à l’été 1959. Beaucoup plus tardivement encore, en 1995 puis en 2006, il a été repris dans les « Poèmes inédits ou isolés », OPC, pp. 1362-1365.

La « métairie obscure » du troisième vers renvoie à la métairie, dite Au Choü, que Jammes possédait à Orthez, en lisière d’un bois. L’acte de vente de cette métairie est d’ailleurs conservé à Pau (Ms 452/38-1). C’est dire que ce poème est, comme souvent, très autobiographique.

Une fois de plus, ce poème d’amour et de souffrance a été inspiré par Mamore, nommée à trois reprises. On y retrouve des thèmes et des rythmes très présents dans De l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir. En revanche, et c’est exceptionnel, il contient, mis en abyme, un poème dans le poème écrit en plus petits caractères que les treize tercets (onze puis deux) qui servent de cadre : celui qu’aurait chanté le poète s’il avait reçu « la visite des dieux ».

Un petit feu aurait lui à la cuisine
et nous aurions été, ô ma Mamore amie,
comme deux tout petits Philémon et Baucis.

C’est ce sixième tercet qui annonce l’explication du titre de ce long poème que domine un conditionnel à valeur d’irréel du présent. Le poète et Mamore auraient pu former un couple aussi parfait que celui qui a été immortalisé par Ovide. On se souvient qu’au livre VIII des Métamorphoses, Philémon et Baucis reçoivent Jupiter et Mercure dans leur modeste cabane.

Le dernier quatrain est tout de résignation et de remerciement :

Il ne me reste plus, mon Dieu,
qu’à courber la tête
et à vous crier :
Merci : je suis poète.

 

Jacques Le Gall