Ms452/35 Ombres (novembre 1907)

 

 

Manuscrit autographe (1f. ; dim : 31 x 19,5), daté de novembre 1907 et signé. Acquis chez Loize en 1949.

Ce poème – à rapprocher des Poèmes mesurés, composés à Bucy-le-Long fin 1907 − a d’abord paru dans La Phalange. Il n’a été repris que dans OPC, p. 1406.

Rainer Maria Rilke, qui a tant admiré le poète d’Orthez, a écrit qu’il fallait considérer comme perdu un peuple qui ne saurait plus saluer les étoiles. Jammes, quant à lui, n’a jamais perdu une occasion de lever les yeux vers un ciel étoilé pour y retrouver l’Arabie heureuse des rois Mages. Ici, il  réunit le haut et le bas, les « célestes vieillardes » et un enfant tenant sa « cuiller de buis », l’azur et l’obscurité.


                  I

Étoiles, mécaniques d’or, vous vous levez
sur la maison par les carreaux de la souillarde    
Béni soit le beau cercle que vous décrivez !

Pour attiser le feu où cuit la poularde,
la servante au bûcher brise du petit bois.
Sait-elle que c’est vous, ô célestes vieillardes,
étoiles ! Qui tournez la broche entre vos doigts ?

                 II

Le chien, le chat, ce feu, le pot où bout la soupe,
l’ombre qui bat de sa grande aile le plafond,
de la fumée, le grincement du pain qu’on coupe…

L’enfant tient la cuiller de buis, la cire fond.
On ne sait pas d’où souffle ainsi l’éternité
et le père craintif jette un regard profond
à la lune inondant d’azur l’obscurité.

 

 

 

 


Portrait de Rainer Maria Rilke (1906)
par Paula Modersohn-Becker

 

Jacques Le Gall