Ms452/52 - Vingt ans après (1928)

 

 

Manuscrit autographe (1 f. ; dim : 27 x 21,5), non daté, signé. Encre. Acquis de Loize au printemps 1949.

 

Ce poème a servi de postface à l’édition de luxe de Ma Fille Bernadette, éditée en 1931, par le Cercle Lyonnais du Livre, à tirage restreint, avec illustrations de Maurice Denis (1870-1943), le chef de file des Nabis :

 


Francis Jammes et sa fille Bernadette
Fonds Association F. Jammes Orthez

Le livre illustré par Maurice Denis
Médiathèque A. Labarrère Pau, cote 41818R

 

 

Sept variantes par rapport au texte imprimé repris dans OPC, p. 1522 :

  • « Tu es la grave jeune fille ».
  • « Sur la feuille où tu tiens fixée ».
  • « Bien longs, qui pourtant se comprennent ».
  • « A compté de dures minutes ».
  • « Paul et Michel sont à Sarlat ».
  • « Emmanuèle déjà… ».
  • « Exacte, au-dessus de mes rêves ».


Six des enfants du couple Jammes sont ici évoqués (les deux garçons, Paul et Michel, étaient au collège jésuite de Sarlat, Anne et Françoise dans un pensionnat en Espagne, Emmanuèle commençait à travailler), mais c’est d’abord et surtout à son aînée que le poète s’adresse, à Bernadette qui, née le 19 août 1908, est dans sa vingtième année :


    VINGT ANS APRÈS

Vingt ans après, j’en ai soixante,
Que sur toi, mon enfant, descende
Ma bénédiction. L’on part,
Un peu plus tôt, un peu plus tard,
Mais je te quitterai, ma grande.

Tu es la grave jeune fille,
Et voici ton dé, ton aiguille,
Ta plume où chante ma pensée
Sur la feuille où tu tiens fixée,
Pour plus de droiture, une grille.

Entre nous il est des silences
Bien longs, qui pourtant se comprennent :
Silences de joie ou de peine.
La pendule qui se balance

A compté de dures minutes,
Mais qu’il nous fut bon d’être ensemble,
Alors même qu’on souffre et lutte.

Paul et Michel sont à Sarlat
Et Anne et Françoise en Espagne ;
Emmanuèle déjà gagne
Son pain dans un pensionnat ;
Marie à Bayonne s’en va ;
Mais toi, Bernadette, tu restes,
Tu me restes, ô Bernadette,
Telle une étoile qui se lève,
Exacte, au-dessus de mes rêves.

 

Jacques Le Gall