Ms452/55 - Trois poèmes du Paravent de Lendresse (Octobre et novembre 1929)

 

 

Manuscrit autographe acquis de Loize en décembre 1951.

Le premier poème (« Le reproche du vieux clocher, mon ami, à la fontaine de marbre de la salle à manger d’Abos »), est écrit sur une feuille blanche (1 f. ; dim : 27 x 21,5), signé et daté (au crayon) du 29 octobre 1929.



Les tranches de melon, ces lunes potagères,
Dans l’ombre de midi que les volets mi-clos
Ménagent aux chasseurs confusément éclairent
Les cristaux qu’a remplis la vendange d’Abos.

Sur les dalles, le nez rejoignant son derrière,
Un chien dort, secoué d’un singulier sanglot.
Rêve-t-il aux perdrix qu’il n’a, dans la fougère,
Pu faire se lever, courantes comme l’eau ?

Mais les convives, tels qu’en mil huit cent trente,
Gentilshommes ruraux, petits bourgeois à rentes,
Peu soucieux d’un gibier qui se montra roué,

Retirent du lard roux et des feuilles de vigne,
Les cailles, en disant : « Des dieux elles sont dignes ! »
Tandis que le clocher, vieux voisin, tousse, enroué.

 

Les deux autres poèmes (1 f. ; dim : 27 x 21,5), également signés (la large signature du Jammes de la dernière période), occupent un feuillet bleu et sont datés (au crayon) du 1er novembre 1929. Celui du haut est intitulé : « Salon » ; celui du bas : « L’entrée ».
 

SALON

Un liseron bleu s’enlace,
Coupe avide de rosée,
Aux simples roses rosées
Que répercute la glace
De Venise, biseautée.
Et la lèvre d’une tasse
Verte, qu’un liséré dore,
Où le café fume encore,
Attend la lèvre de Laure.

L’ENTRÉE

On a chassé
La canicule.
Il fait glacé
Au vestibule.

 

Ces poèmes ont été écrits pour le recueil Plaisir du Béarn (La Nouvelle Société d’Édition, 1931) où ils viennent en tête, sous le titre : « Panneaux pour un paravent de Lendresse ». Ils figurent aussi, sous les numéros IV, IX et X au chapitre « Le Paravent de Lendresse », dans De tout temps à jamais (Gallimard, 1935). Et dans OPC : p. 1107 pour le premier poème ; p. 1110 pour les deux autres.

Un autre poème du Paravent de Lendresse est conservé à Pau : « L’escapade durant le bal » (P : Ms 353).

William Œttinger (1856-1926), le médecin parisien qui soigna Marie Jammes, passait une partie de l’été à Lendresse, village proche d’Orthez, en compagnie de ses très jolies filles dont Jammes aimait suivre les jeux, dans le « cottage » ou son jardin à Câpriers. Sur ce grand et bon médecin qui perdit son fils prématurément et en demeura inconsolable, voir le Ms 277 conservé à Pau et l’article d’hommage que Jammes lui consacra le 1er décembre 1926 (P : Ms 452/48).

 

Jacques Le Gall