Ms452/43 - Carte postale : la Fuite en Égypte (septembre 1924)

 

 

Cette carte postale (dim : 14 x 8,5), datée du 21 septembre 1924, est adressée à Jacques Besnard, secrétaire au Mercure de France. Elle représente La Fuite en Égypte.

 

 

Lorsqu’il se rendait à Bayonne, Jammes aimait aller se recueillir devant ce groupe en bois peint. Dans Pipe, chien, paru au Mercure de France en 1933, le romancier décrit fort précisément cette sculpture, que l'on peut encore voir dans l'église du quartier Saint-Esprit de Bayonne :

 

Elle allait droit devant elle et, toujours suivie par Pipe sur qui parfois se posait son doux regard, elle entra dans l’église de Saint-Esprit pour assister à la messe de six heures. Elle se plaça à gauche, en avant, tout près d’une touchante fuite en Égypte, sculptée par un vieux maître, et dont la Vierge, assise sur sa monture, étale sa robe plissée en éventail comme une coquille de Saint-Jacques. Entre ses bras l’Enfant Jésus bouclé joue avec un oiseau. On dirait, tant l’âne est bien fait, qu’il est vivant. Il lève un pied. Lorsque Pipe, discrètement dissimulé par un pilier, eut vu le divin groupe, et l’humble bête conduite par le charpentier, il ne les quitta plus des yeux d’un grand moment. Les chiens saisissent fort bien la sculpture, jusqu’à prendre le change avec elle. Et Pipe retrouvait ici l’une de ces scènes familières d’une mère allant au marché avec son enfant, et que souvent la roulotte avait croisée. Mais il ne savait point que cet enfant était son Dieu, et que la vieille femme le recevait en ce moment qu’il l’apercevait agenouillée à la Sainte Table, un peu plus loin. Il trouvait qu’il faisait bon et tranquille dans cette maison, et le temps qu’il y passa ne lui parut pas long.

Pipe, chien, pp. 129-130


Quant à la carte postale réalisée à partir de cette sculpture, c’était l’une des préférées du poète.

Elle s’accompagne ici de six lettres (8 ff. ; dim : 27 x 21) et une enveloppe, adressées à Jacques Besnard. Les lettres datent toutes de 1924, année au cours de laquelle Francis Jammes se présenta pour la deuxième fois à l’Académie française, au fauteuil laissé vacant par la mort de Pierre Loti.

 

 

Dans l’une des lettres (1 f. ; dim : 7,5 x 10), le candidat demande au secrétaire du Mercure d’insérer une carte (sans doute La Fuite en Égypte) dans les exemplaires du volume IV des Œuvres choisiesenvoyés aux Académiciens. Cela ne suffira pas et, s’il n’eut pas à fuir en Égypte, Francis Jammes dut poursuivre sa traversée du désert. Le 3 juin 1920, lors de sa première candidature au fauteuil d’Edmond Rostand, il n’avait recueilli que 8 voix alors que Joseph Bédier en obtenait 20. Le 27 novembre 1924, c’est le peintre Abel Besnard qui, contre toute attente, fut élu avec 16 voix tandis que le poète n’en obtenait que 12.

Deux listes des Académiciens contactés par le candidat sont conservées à Orthez : ce sont les Ms 239 et Ms 240.

 

Jacques Le Gall