Ms271 - La cabane landaise (1925)

 

 

Manuscrit autographe (2 ff. ; dim : 27,5 x 22), daté (4-5 juin 1925), non signé. Encre. Ratures et corrections.

 

 

Le poème a paru dans Ma France poétique, Mercure de France, 1926 (pp. 163-165). Il est repris dans OPC, pp. 963-964.

Quelques variantes, dès le premier vers : le « J’entends siffler auprès de moi la jeune fille » du manuscrit est devenu « Dans un sifflet strident souffle la jeune fille » dans le poème imprimé, auquel viendra s’ajouter un toponyme bien landais (Hourticq).

La chasse à la palombe est évidemment indissociable de la cabane landaise que l’incorrigible poète nous fait visiter dans le frais sillage d’une jeune fille dont « le bras mince et clair » ramasse les cèpes qui éclosent chaque automne. Des tranchées et des couloirs couverts de lauriers conduisent à la cabane qui, « sous des énormes chênes », dispose d’un confort susceptible de « recevoir les dieux qu’hébergea Philémon ». Le dispositif de cette chasse – sacrée ou peu s’en faut dans le sud-ouest de la France – est décrit avec une grande précision. Le poète sait de quoi il parle quand il fait voir les appeaux « attachés sur des raquettes frêles/ Que l’on fait basculer à l’aide de ficelles » et entendre la bruyante arrivée des « sœurs libres » de ces appeaux « dont l’œil est épinglé ». « Ainsi que d’un Amour mourant qui va s’étendre », le chasseur qui surveille le filet imite alors le « long roucoulement » des palombes. Il s’agit d’en attirer « le plus qu’il est possible » sur le sol au moyen d’un peu d’eau et de beaucoup de blé. « Les passantes couleur d’arc-en-ciel et de cendre » sont cependant méfiantes et ne se posent qu’après bien des hésitations. Si, plus ou moins nombreuses, quelques-unes se décident, le maître de chasse siffle deux fois et rabat le filet. Quand le piège se referme, les fusils tonnent dans la forêt dont le poète chrétien n’ostracise ni les Sylvains ni Diane.


Une pièce du recueil factice 452 (P : Ms 452/47) contient un fragment autographe de ce poème :

À ce roucoulement s’harmonise le jet
D’une onde qui gazouille et qui sort d’une tonne
Pour étancher la soif de ces oiseaux d’automne.
Il faut en attirer, sur le sol plein de blé,
Le plus qu’il est possible et sans qu’ils soient troublés.

 

Le poète des Géorgiques chrétiennes (Chant Deuxième) avait déjà décrit, en les comparant, la chasse à la palombe en Pays basque et dans les Landes (OPC, pp. 677-678). Laquelle préférer de ces deux formes de chasse ? Si « la sauvage montagne » peut faire oublier « les brutales pantières » basques « au cœur tourmenté », les cœurs « épris d’une compagne » seront plus sensibles aux « cabanes légères » et, surtout – car cette locution apparaît déjà dans un distique du poème écrit en 1911 – au « long roucoulement » de l’appeau montant de « l’humble bois », si propice au « recueillement ». Le poète, quant à lui, fait preuve de diplomatie puisqu’il s’abstient d’élire une chasse plutôt qu’une autre :

La cabane landaise est faite en lauriers verts
Et en feuillages secs. On s’y met à couvert.

C’est de là qu’on attire, émigrant vers l’Afrique,
Les palombes qui fuient le trouble atmosphérique.

Lequel a droit au prix, le Basque ou le Landais ?
Chacun habilement pour soi pourrait plaider.

Si au cœur tourmenté la sauvage montagne
Plaît mieux, non pas au cœur épris d’une compagne.

Celui-ci choisira le long roucoulement
De l’appeau, l’humble bois et son recueillement.

 

Jacques Le Gall