MsR5 - Quatre conférences : Les Landes, Les Jeunes Filles, L’Amour de la Paix, Beauté de l’Espagne (1928-1932)

 

 

Les Landes / Les Jeunes Filles / L’Amour de la Paix / Beauté de l’Espagne

 

Recueil factice réunissant les manuscrits autographes, tous signés et foliotés, de quatre conférences que Francis Jammes a prononcées entre 1928 et 1932. Le texte de la première conférence occupe 34 pages, numérotées en haut, à droite, à l’encre, de 1 à 30 (mais avec des ff. A et B, 11 bis et 11 ter). Le second texte occupe 50 pages. Le troisième fait 40 pages. Le dernier en fait 34. L’ensemble des feuillets (dim : 27 x 21) est monté sur onglets, relié maroquin ivoire, sous étui. Encre, crayon et crayon de couleur.

Fonds Jean Labbé. Don de Madame Marguerite Jean Labbé à l’Association Francis Jammes.

« Les Landes » : Jammes a donné la première de ces quatre conférences au « Sporting » d’Hossegor, en septembre 1928, invité par Paul Chevenot. Après avoir remercié Antonin Personnaz puis longuement évoqué son très ensablé voyage en Algérie (O : Ms 3 et 4), le conférencier parle de la Grande Lande, de Lavigerie et des nombreux artistes qui y sont nés ou s’en sont nourri : Francis Planté, Ermend-Bonnal, Claude Duboscq, Émile Despax, Emmanuel Desbousquet, Victor Doussy, Loÿs Labèque, les frères Rosny, Jean Balde, Pierre d’Arcangues, Pierre Alciette, Léo Lapeyre, Bergès, Rigaud, Arrue, Surgen, Tillac, Suzanne Labatut, Hélène Bonnal, Gomez, Gabard, Danglade, Gourin… Le dernier mot (sur la grandeur de la sculpture) est laissé à l’ami Charles Lacoste. Le texte de cette conférence a été partiellement publié dans la Revue du Centre Généalogique des Landes, n° 46, 2ème trimestre 1998.

Une version dactylographiée de cette conférence est conservée à Pau : Ms 273. À Pau est aussi conservée la transcription par Bernadette Jammes d’un texte intitulé « Les Landes sont les cendres de la mer » : Ms 274.

 

« Les Jeunes Filles » : Conférence prononcée à la Salle Saint-Léon, à Bayonne, le 20 février 1930. Comme Nerval ou Musset, Jammes semble n’avoir pu trouver qu’à l’ombre des jeunes filles en fleurs le climat de ses rêves. Tel fut le poète, dont on ne rappellera que trois vers fameux :

  • « Le poète savait sourire aux jeunes filles ».
  • « Je m’embête, cueillez-moi des jeunes filles ».
  • « Seules les jeunes filles ne m’ennuyèrent jamais ».


Tel fut le prosateur, l’auteur de Clara d’Ellébeuse, d’Almaïde d’Etremont, de Pomme d’Anis, de Jonquille, et même d’Alouette… Tel est, ici encore, le conférencier.

 

« L’Amour de la Paix » : Conférence (prévue pour durer 60 minutes) prononcée au théâtre Trianon de Bordeaux, le 19 mars 1931. Ce titre, « L’Amour de la Paix »,  figure en haut du texte, au crayon. Mais un autre titre apparaît : « Le testament du poète ». C’est qu’après avoir rappelé quelques épisodes de sa vie (naissance à Tournay, maladie de sa femme, prières du soir, guérison de Marie…), le poète, une fois encore, va évoquer quelques-uns des objets ou des animaux qui lui furent chers (le crucifix offert par Ginette Goedorp, le hochet de corail de son père, son dernier porte-plume, sa canne à pêche, une coquille Saint-Jacques, « la face du divin Rédempteur de Léonard de Vinci », un chat, une cage à grillon…) et il va les léguer à sa femme ou à ses enfants : à ses fils Paul et Michel, à ses filles Bernadette, Emmanuèle, Marie, Anne, Françoise. La suite du testament est moins particulière…  À ses auditeurs et à ses lecteurs, le testateur lègue « le don d’enfance », « le don de l’imagination », « le don de l’amour de l’amour », « le don du recueillement ». Le texte de cette conférence est à rapprocher de deux manuscrits conservés à Pau : le Ms 454 (La Divine Douleur) et le Ms 452/49 (« Le testament d’un poète »).

 


Le conférencier de "Beauté de l'Espagne"
à Saint-Sébastien (12 janvier 1932)

Fonds Association F. Jammes, Orthez


« Beauté de l’Espagne » : Conférence donnée à l’Ateneo de Saint-Sébastien, le 12 janvier 1932. L’Espagne – ses femmes et ses fleurs, ses couleurs et ses odeurs, ses saints et ses écrivains, ses peintres et sa musique, sa passion et son Todo-Nada –, l’Espagne occupe une place importante dans l’œuvre de Jammes, quoiqu’il ne la connût que très partiellement et qu’il en ignorât la langue. On peut mesurer cette importance dans l’œuvre poétique (« La vallée d’Alméria », « Guadalupe de Alcaraz »…), dans l’œuvre théâtrale (La Brebis égarée), dans les romans (Almaïde d’Étremont, Pomme d’Anis, Janot-Poète, L’Antigyde), dans un roman mort-né (Soledad), dans les chroniques pour Le Figaro (« Noël », « Lecture pour l’Assomption »…), « dans les Mémoires et chaque fois qu’il est question de Mamore-Amarylla, dans Le Patriarche et son troupeau, dans Les Nuits qui me chantent, dans Voyage à l’Île des Faisans, dans L’Almanach du Poète Rustique, et même dans… Ma France poétique, qui explore aussi les confins et les frontières avec « Bidassoa » et « Dancharinea » (O : Ms 38b). La conférence donnée à l’Ateneo de San Sebastian constitue une preuve supplémentaire de cet amour.

 

Tout de suite après le rappel des visites d’amis espagnols à Hasparren et les remerciements d’usage, reprenant presque mot pour mot une page des Caprices du Poète (pp. 188-189), Jammes rend un nouvel hommage à Jean de la Croix, Ignace de Loyola, François-Xavier (son saint patron), mais surtout à Cervantès et à son chevalier errant, ce bretteur chimérique, ce fou d’idéal découvert à l’âge de dix ans, en qui il reconnaissait un frère :




Oh ! Que j’étais loin de voir en don Quichotte ce pittoresque paillasse que quelques profanes ont inventé ! Quel grand seigneur dans sa gêne ! Quelle éloquence abondante et profonde !

 

Par la suite, il révèle l’origine de son poème « La vallée d’Alméria » et adresse ces vers au peintre Ignacio Zuloaga « pour que son génie en ressente la couleur ». Il revient sur ses visites (solitaires, amoureuses, familiales) à Irun, Fontarabie, ou Burgos, à la fois capitale de la Vieille Castille, patrie du Cid et haut lieu de la chrétienté (sa cousine, Elisa Jammes, en religion sœur Saint-Octave y dirigeait la maison de Saint-Maur). Il n’omettra pas de rappeler sa vénération pour la criste marine et le lagœrstremia indica. Enfin, et c’est nouveau, il racontera ses rencontres, à l’hôtel restaurant Broca d’Hendaye, avec Miguel de Unamuno, le recteur de l’Université de Salamanque, alors exilé en France. Beaucoup d’anecdotes, en somme, et beaucoup de cœur. Une phrase en forme de déclaration d’amour résume à elle seule la conférence de Saint-Sébastien :

Je porte l’Espagne dans mon cœur avec un amour passionné. N’eussé-je été Français, je serais Espagnol.

 

Le texte de cette conférence a été publié dans Solitude peuplée, Fribourg, Egloff, 1945, pp. 207-222.


Jacques Le Gall