Ms59-63-64-82-154-197 - Préfaces (1923-1938)

 

 

Francis Jammes commença par tenir pour « inutile et vain » le travail de préfacier. Avant 1905, il n’a écrit quelques lignes que pour trois de ses propres œuvres : De l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir (O : Ms 258 et Ms 260), Clara d’Ellébeuse (P : Ms 526) et Almaïde d’Étremont (P : Ms 527). En 1905, en souvenir d’une amitié trop tôt interrompue, il accorde une première préface à Léon Bocquet qui vient de composer une biographie d’Albert Samain. Entre 1905 et 1938, il n’écrira pas moins de 59 préfaces (près de 200 pages au total). Elles ont été regroupées dans les numéros 19, 20 et 21 du Bulletin de l’Association Francis Jammes. Monique Parent les a présentées à la fin de ce dernier numéro : « Variations sur les préfaces de Francis Jammes » (pp. 49-87).

Le manuscrit et les tapuscrits de quatre de ces préfaces sont conservés à la Médiathèque Jean-Louis Curtis d’Orthez :

Ms 59 : Préface à L’Évangile dans la vie des petits enfants
Ms 63 : Préface pour le livre de Rosa Bailly
Ms 64 : Préface pour le recueil de poèmes de Renée Dulieu
Ms 82a et 82b : Préface pour Alliette Audra
Ms 154 : Préface du livre de Hernan Fabrès
Ms 197 : Préface pour le livre de Vladimir Ghika

Ms 59 : Préface à L’Évangile dans la vie des petits enfants, par Mme Langle de Cary (Paris, Éditions Spes, 1933, illustrations par Mariet Chauffard-Hugues). Manuscrit autographe (6 ff. ; dim : 27,5 x 21,5), signé, non daté. Encre pour le texte qui est une mise au propre. Titre et numéro des pages au crayon bleu. Don de l’Abbaye de Belloc. Lieux de publication : Paris, Éditions Spes, 1933 (illustrations par Mariet Chauffard-Hugues) Repris dans le Bulletin de l’Association Francis Jammes, n° 20, décembre 1993, p. 57-59.

Marie Marteau épousa le petit-fils du général de Langle de Cary et connut de près les horreurs de la Grande Guerre. Amie d’Aliette Audra, elle entra peut-être en relation avec Jammes grâce à l’abbé Édouard Dibildos (1856-1939), directeur de l’École Bossuet et fondateur du Collège Gerson, qui était originaire de Hasparren. Elle a écrit plusieurs hagiographies. L’Évangile dans la vie des petits enfants, est un gros livre divisé en 48 chapitres, un catéchisme destiné à l’édification des enfants.



    

Ms 63 : Préface pour le livre de Rosa Bailly : Alpes (Paris, Éditions de la Forge, 1935). Tapuscrit (3ff. ; dim. 27 x 21), signé, non daté. Encre et crayon. Repris dans le Bulletin de l’Association Francis Jammes, n° 21, juin 1994, pp. 5-8. Non numérisé.


Couverture du catalogue palois : Rosa Bailly,
amie de la Pologne, chantre des Pyrénées.
Médiathèque A. Labarrère Pau, cote 157437R

Rosa Bailly, née Aimée-Rosa-Mathilde Dufour, a vu le jour à Saint-Florent en 1890 et se maria avec un officier belge d’origine polonaise. En 1942, elle vint s’établir à Pau, dans la « Vallée heureuse ». Professeur, guérisseuse par radiesthésie, elle considérait Jammes comme son père spirituel et devint la secrétaire de la Société des Amis de Francis Jammes fondée en 1939. Elle fut lauréate du prix Francis Jammes. Décédée à Pau en 1976, la Bibliothèque municipale de cette ville lui a consacré une exposition en 1990.

Alpes est le second recueil de poèmes de Rosa Bailly après Montagnes Pyrénées. Dans sa préface, Jammes redit son goût passionné pour les grands poètes de la nature : Théocrite, Virgile, le Rousseau des Rêveries et de la Correspondance, Jean de la Croix. Il précise aussi sa relation à la montagne et tout particulièrement aux Pyrénées où il est « né, non loin de cette vallée ineffable qui porte le nom de vallée d’Aure ». Il ne se pose cependant pas « en grand excursionniste malgré quelques excursions en Ossau et en Bigorre ». Dans une Chronique intitulée « Attention ! », parue le 20 septembre 1934 dans La Liberté du Sud-Ouest, le « médiocre alpiniste » avait prêché la prudence en montagne à la suite de frayeurs qu’il avait connues dans le massif ossalois du Gourzy. Ici, loin de se comparer à l’« illustre » Henry Russell, rencontré à Gavarnie en 1901, s’il « parle de la montagne, c’est en oiseau qui l’a de loin contemplée et rarement survolée ». En promeneur attentif à ce qui fait la singularité de l’altitude : « le calme d’un lac, la clameur d’un torrent, le bourdon d’une cascade, l’empourprement d’un sommet, la sévérité d’un névé, la mélancolie d’un colchique, la nuit criblée d’astres »…


Ms 64 : Préface pour le recueil de poèmes de Renée Dulieu : Notre vieille maison (Paris, Éditions Dillen, 1936, illustrations par R. Richert). Tapuscrit, signé, daté (27 juin 1936). Encre, crayon, crayon de couleur. Repris dans le Bulletin de l’Association Francis Jammes, n° 21, juin 1994, pp. 11-13. Non numérisé.

Pour Jammes, l’émotion des poèmes de Renée Dulieu vient de ce qu’il y retrouve les « anciennes jeunes filles » qu’il a lui-même chantées. En particulier, ce livre ressuscite la mémoire de Nathalie de Hosta qui naquit à Nay (Béarn) en 1818, mais dont les ancêtres avait acquis la Seigneurie d’Orègue et le château d’Orartetxia (Pays basque). Natalie de Hosta épousa Théodore Caillebar, le père d’Ernest Caillebar, beau-frère de Jammes et vécut à Estang (Gers). Mais orpheline dès son plus jeune âge, elle avait été élevée à la Maison d’éducation de la Légion d’honneur de Saint-Denis : « Notre vieille Maison ».



Ms 82a et 82b : Préface pour Alliette Audra. L’Association Francis Jammes détenait deux manuscrits de cette préface destinée à un recueil de poèmes de 134 pages : Voix dans le Renouveau, Paris, Corrêa, 1938.

Le Ms 82a est un manuscrit autographe (4 ff. A à C ; dim : 21,5 x 27), signé, sans date [1937]. Encre et crayon. Très raturé et corrigé, il présente quelques variantes par rapport à la version imprimée, reprise dans le Bulletin de l’Association Francis Jammes, n° 21, juin 1994, pp. 27-30. Don de Nicole Audra de Maistre (mai 1993).



En août 1936, Alliette Audra (1897-1962) adressa à Francis Jammes son recueil de poésie Prairies, préfacé par Henri Pourrat. Elle et son amie Sabine Hoppenot admiraient Jammes depuis longtemps, mais la correspondance entre le Patriarche de Hasparren et sa « sœur en poésie » (publiée dans le Bulletin de l’Association Francis Jammes, n° 9, juillet 1987, pp. 61-73) ne commença vraiment qu’à cette date tardive. La première rencontre eut lieu à Paris lors de la fameuse conférence que le vieux poète donna le 26 octobre au théâtre des Champs-Élysées. Jammes fit adresser un makila à la « poétesse » par son amie Madame Langle de Cary (O : Ms 59). Une autre rencontre eut lieu l’année suivante à Hasparren, le jour de la Fête-Dieu.

Francis Jammes avait scrupuleusement veillé à l’ordre des poèmes et à la correction des épreuves de l’éditeur. Une lettre du 2 août 1937 montre qu’il avait inspiré le titre de l’ouvrage. La même lettre confirme qu’il a aussi particulièrement soigné sa préface :

Je viens de relire en pleine lumière, tout isolé dans mon jardin, la préface et je sais maintenant que je n’ai jamais adressé à un poète de nos jours un plus vrai et plus grand hommage. Elle est au point. Il ne me reste plus qu’à la faire taper à nouveau, demain, par ma petite Françoise et il se peut bien que vous la receviez lundi ou mardi prochain.

 

De fait, ces pages sont fort élogieuses et intéressantes. Le vieux lièvre y compare la poésie d’Alliette Audra à un ruisseau, en salue la « science dans le timbre », la « sûreté dans la courbe », la « précision dans le terme », la « souplesse dans l’enjambement du ruisseau », la « subtilité dans la rime », la « simplicité » et « l’harmonie »… Ces éloges permettent au préfacier de réitérer, cinquante ans après, son art poétique de 1888. Le vieux poète y renouvelle sa fidélité à « la ligne flexible et jamais rompue du grand art », celui de Théocrite, de La Fontaine, de Verlaine, et… le sien. Il y reprend, pour le compte de la « poétesse » qu’il présente, sa conception du style : il doit courir à l’allure charmante du ruisseau ou d’une jeune fille. S’il y rappelle la mort au champ d’honneur ou consécutive à la guerre de jeunes écrivains amis (Léo Latil, Olivier-Hourcade, de la Ville de Mirmont, André Lafon, Claude Casimir-Périer, Jean de Foville, Jacques Audra, un frère d’Alliette), c’est pour assurer que « la défaite du génie n’est jamais qu’apparente », malgré tous les benêts, académiques ou non, qui sont incapables de le comprendre : le génie « continue de sourdre, limpide et vivifiant, dans les cœurs souvent les plus secrets, ignorants des combinaisons de la gendelettrerie ».

Le Ms 82b est un manuscrit autographe (4 ff. ; dim : 27 x 21), signé, sans date [1937], au crayon. Il s’agit du premier jet, partiel, de la préface que Jammes écrivit pour Voix dans le Renouveau. Au commencement de ce manuscrit de travail, le préfacier a établi un ordre des poèmes d’Alliette Audra.

 

Le Ms 154 est un manuscrit autographe (2 ff. ; dim : 26,5 x 21), signé, sans date [1928]. Encre. Complet. Acquis chez Drouot par l’Association Francis Jammes, le 27 avril 1997. Préface du livre de Hernan Fabrès intitulé Fleurs de Printemps sous l’orage, publié à Bayonne par l’Imprimerie Sordes, en 1928. Texte repris dans le Bulletin de l’Association Francis Jammes, n° 19, juin 1993.





 

Le Ms 197 est un manuscrit autographe (2 ff. ; dim : 27,5 x 21), signé, sans date [1923]. Encre. Transcription par Bernadette Jammes. Préface pour le livre de Vladimir Ghika : Pensées pour la suite des jours, Paris, La Nouvelle Librairie Nationale, 1923. Texte repris dans le Bulletin de l’Association Francis Jammes, n° 19, juin 1993. Non numérisé.

 

 

Jacques Le Gall