Chronologie

Cette chronologie reprend le découpage en quatre volumes des Mémoires de Francis Jammes en ajoutant, comme le fit Robert Mallet, une partie intermédiaire (« En Dieu ») entre le volume III et le volume IV, posthume et inachevé :

De l’âge divin à l’âge ingrat (1868-1888)
L’Amour, les Muses et la Chasse (1889-1897)
Les Caprices du Poète (1898-1903)
En Dieu (1904-1913)
Le Patriarche et son troupeau (1914-1938)

Elle s’appuie aussi sur la chronologie qu’avaient établie Mlle Madeleine Cottin et M. Gérard Willemetz pour la Bibliothèque nationale en 1958 (vingtième anniversaire de la mort de Francis Jammes). Elle tient bien sûr compte des travaux ultérieurs : ceux de Robert Mallet, mais aussi ceux de Jean Labbé et de l’Association Francis Jammes.

1797

Naissance à Orthez de Jean-Baptiste Jammes le 24 Floréal an V (13 mai 1797). Le 7 août 1818, il obtient le grade de docteur en médecine. Il s’établit en Guadeloupe où il décédera le 12 janvier 1857, à Goyave.

1831

Naissance à Pointe-à-Pitre, le 18 août 1831, de Louis-Victor Jammes, père de Francis Jammes.

1838

Arrivée en France d’Octave et de Louis-Victor Jammes, fils de Jean-Baptiste, fixé à la Guadeloupe. Les deux enfants sont confiés à leurs deux tantes protestantes d’Orthez : Clémence et Célanire.

1864

20 septembre : mariage de Louis-Victor Jammes et d’Anna Bellot, à Navarrenx, en Béarn (Basses-Pyrénées).

1866

Naissance d’une fille, Marguerite.

 

DE L’ÂGE DIVIN À L’ÂGE INGRAT (1868-1888)

1868

6 août : naissance de Paul Claudel. – 2 décembre : naissance de Francis Jammes, à Tournay (Hautes-Pyrénées). Baptême le lendemain.

1869

22 novembre : naissance d’André Gide.

1873

Francis Jammes entre à l’école.

1875

Juin : la famille quitte Tournay. Le père va rejoindre son poste de receveur des finances à Sauveterre-de-Gironde. Francis, sa mère et sa sœur vont habiter à Pau, passage Serviez, chez les grands-parents maternels, Hortense et Augustin Bellot. La colonie espagnole réfugiée dans la brillante cité impressionne l’enfant qui suit les cours des demoiselles Letourneau.

1876

Mai : la famille est réunie à Saint-Palais (Basses-Pyrénées) où Louis-Victor Jammes vient d’être nommé receveur. L’enfant est externe au collège de l’Abbé Duc. Il y déteste presque tout. Il en est retiré avant la fin de l’année. Fréquente ensuite l’école primaire de M. Sabre (O : Ms 162), où les élèves lui réservent un assez mauvais accueil. L’aversion de Francis Jammes pour l’école a pris à Saint-Palais son tour définitif. En lisant un poème pourtant médiocre, l’enfant découvre que « les lignes étaient vivantes, que deux à deux elles se répondaient par la rime et qu’elles enchantaient mystérieusement. »

1878

Francis est confié à ses grands-parents pour suivre les cours du lycée de Pau : cette période scolaire est « noire comme de l’encre, stérile comme le sol de l’étude ». En cours d’année, il revient chez ses parents. Son père se charge de son instruction.

1879

Novembre : Louis-Victor Jammes, en désaccord avec son administration, se met en disponibilité. Installation temporaire à Orthez. Francis retrouve l’antique maison de la rue Saint-Pierre découverte dans la prime enfance. Le grand-oncle Auguste et la grand-tante Clémence sont morts. Seule y demeure Célanire, pittoresque mais intransigeante : « Tu as une nature rétive. Il faut que l’on te plie comme l’osier quand il est jeune ».

1880

Janvier : L’enfant est envoyé à Assat, chez l’oncle mexicain, puis à Pau, chez ses grands-parents Bellot. Répétitions « avec un instituteur rose et grassouillet qui s’appelait M. Franc ». 12 mars : Louis-Victor Jammes est nommé à Bordeaux. La famille s’installe au 196, Cours des Fossés (aujourd’hui 15, Cours Pasteur). Octobre : Francis Jammes entre en 9ème au lycée. Lecture de Jules Verne.

1881

Juin : première communion.

1883

Début de l’amitié avec Charles Lacoste, passionné par le dessin et la peinture, et avec Charles Veillet-Lavallée. Rencontre avec le botaniste Armand Clavaud.

1884

L’élève de 5ème est consigné au lycée pour avoir « regardé des fleurs pendant le cours d’histoire ».

1885

Flâneries sur le port. Année des « premiers éveils de la sensualité ».

1886

Mars : Francis compose un poème à la gloire de Pasteur qui lui vaut d’être exempté de toute punition par M. Cosme, son professeur de Lettres. Pendant une retenue, il lit Les Fleurs du Mal. – Premier et pur amour pour une inconnue du quartier des Capucins. Elle incarnera la « Muse » inspiratrice. L’image d’une grave jeune fille cousant derrière des carreaux verts hantera l’œuvre à venir. – Le sentimentalisme de l’adolescent n’empêche pas son goût de la farce. – Mort de la grand-mère Bellot.

1887

10 décembre : première publication : "Sabbat" (poème très baudelairien) dans Le Chat Noir (organe des chansonniers parisiens).

1888

Écrit un poème classique qu’il dédie à un nouvel ami d’origine créole : Jean Segrestaa. – Juillet : recalé au baccalauréat. Le candidat, qui avait obtenu de ne pas faire sa rhétorique au lycée de Bordeaux, récolte un zéro en français, pour n’avoir pas su exposer la donnée du Vert-Vert de Gresset. – Malade, le père obtient un congé : la famille Jammes est accueillie à Assat par l’oncle maternel, Ernest Daran. – Vacances à Pau et Navarrenx. Rencontre une jeune fille « très parc anglais » nommée Odile. Découvre sa poésie dans la maison d’Assat : « C’est dans une petite chambre bleue que j’ai découvert ma poésie, à Assat, dans l’après-midi déclinant, un certain soir. On entendait sous les cèdres les cris mélancoliques des enfants et les rires des jeunes filles. » – Septembre : inaugure un carnet de poèmes intitulé Moi (P : Ms 267). – 3 décembre : mort du père.

 

L’AMOUR, LES MUSES ET LA CHASSE (1889-1897)

1889

La famille revient à Orthez où Louis-Victor Jammes a voulu être enterré. Séjour provisoire chez la tante Célanire, 8 rue Saint-Pierre (actuellement le 16). Orthez rend au jeune homme son équilibre nerveux : il y fréquente le Cercle, riche « de fortifiants échantillons humains » et y découvre la correspondance du grand-père créole.  – Entre comme stagiaire chez maître Estaniol, ancien camarade de son père. Lors des longues veillées, continue d’écrire des poèmes dans son carnet Moi. Se familiarise avec la vie campagnarde lors d’un stage de « poète rural » : le jeune homme pêche, chasse, herborise. – Été : accompagne sa mère à Lourdes. Abandonne définitivement la carrière d’homme de loi. – Amitié avec le jeune poète anglais Hubert Crackanthorpe, en villégiature à Orthez, parent par sa mère du poète lakiste Wordsworth. Tête-à-tête (il durera seize ans) avec une mère attentive et compréhensive.

1890

Juillet : mariage de Marguerite Jammes avec Ernest Caillebar, propriétaire terrien à Estang (Gers).

1891

Francis Jammes se rend souvent chez les Lacoste, à Bordeaux, mais aussi à Irun et à Estang. – Automne : chasse à la palombe à Sus avec Henri Dufaur. – Encouragé par Amaury de Cazanove, publie sa première plaquette : Six sonnets, à Orthez, imprimerie de Goude-Dumesnil.

1892

Deuxième plaquette : Vers, à Orthez, imprimerie de Goude-Dumesnil. – Nombreux séjours chez l’oncle et la tante d’Assat : se lève tôt, se plonge dans l’eau froide, chasse en compagnie de sa chienne Flore, écrit des vers.

1893

Mai : troisième plaquette : Vers, à Orthez, imprimerie de Goude-Dumesnil. Cette fois, le poète a tiré de son carnet secret les poèmes les plus personnels. – Hubert Crackanthorpe, qui a sélectionné vingt et un poèmes remontant tous à la période 1888-1889, envoie la plaquette à Stéphane Mallarmé, André Gide, Henri de Régnier : Jammes en reçoit des lettres de félicitations. – Fin d’année : pèlerinage à Cadalen (Tarn), village de ses ancêtres.

1894

Frédéric-Arthur Chassériau présente Jammes à Pierre Loti qui patronne la publication de Vers, chez Ollendorf. – Nouveaux éloges de Mallarmé, Gide, Régnier et critique favorable de Léon-Paul Fargue. – Crackanthorpe est reparti à Londres. Début de l’amitié avec l’écrivain béarnais Charles de Bordeu et le musicien Henri Duparc.

1895

Décevante entrevue avec Pierre Loti, chez Chassériau, à Biarritz. – Échec du projet de publication d’un album de vers inspiré par Baudelaire. – Printemps : « explosion simultanée » de toutes les « puissances lyriques ». – Écrit d’un trait Un Jour (O : Ms 218), poème dramatique en quatre scènes. – Juillet : contrat d’édition de Un Jour avec le Mercure de France. Gide assume les frais d’édition. L’œuvre paraît en septembre. – Octobre : premier voyage à Paris. Rencontre le jeune Henry Bataille, le poète Albert Samain, le musicien Raymond Bonheur (correspondance, P : Ms 230) et Alfred Vallette, directeur du Mercure de France. (correspondance, P : Ms 229), assiste au mariage de Henri de Régnier et de Marie de Heredia. Au retour, compose Le Poème d’Ironie et d’Amour (O : Ms R13 et P : Ms 133-01). – Décembre : rencontre avec le peintre Eugène Carrière chez Paul Lafond, graveur et conservateur du musée des Beaux-Arts de Pau.

1896

Controverse littéraire entre Gide et Jammes à propos d’un fragment des Nourritures terrestres. – Jammes s’éprend d’une jeune fille qu’il désigne dans ses œuvres sous le nom de Mamore. – Mars : invité par Eugène Rouard, Jammes rejoint Gide et sa femme en Algérie. – Retour solitaire à Orthez et visites à Amaury de Cazanove (à Sallespisse), Dufaur (à Sus), Bordeu (à Abos), Louis Barbey (à Castétis), Reclus (à Orion). – Publication des Notes sur des Oasis et sur Alger (O : Ms 3, 4a, 4b, 4c, 4d, 4e). – Rencontre, à Pau ou Orthez, de François Coppée. – Fin d’année : répétitions de Un jour au Théâtre de l’Œuvre. Échec de l’entreprise.

1897

Janvier : Yvette Guilbert chante Francis Jammes au Théâtre du Gymnase. – La Naissance du Poète paraît aux Éditions du Coq Rouge, à Bruxelles. – Jammes se plaint à Charles-Louis Philippe de croupir dans « un Sahara de silence ». – Mars : première lettre de Paul Claudel, jeune vice-consul de France à Han-Kéou. – Le « Manifeste du Jammisme » paraît dans le Mercure de France. – Nouvelle polémique entre « le Pâtre des berges » (Gide) et le « Faune » (Jammes) à propos des Nourritures terrestres. – Rédaction de La Mort du Poète, troisième volet du triptyque après La Naissance du Poète et Un Jour. – Été : séjour en montagne et promenades dans la campagne basque en compagnie de Mamore. Jammes écrit plusieurs poèmes importants. – Nouveaux hommages, en particulier de Saint-Georges de Bouhélier (initiateur du naturisme), Remy de Gourmont, François Coppée, Charles Guérin. – Automne : « l’amour fut ardent comme un héros de Cervantès ». – Septembre : visite à Orthez d’Albert Samain et Raymond Bonheur. – 4 octobre : installation de la mère et de son fils Maison Chrestia, à Orthez (siège actuel de l’Association Francis Jammes).

 

LES CAPRICES DU POÈTE (1898-1903)

1898

Janvier : rupture déchirante avec Mamore après quelques mois de passion. À la douleur de cette rupture s’ajoutent des deuils : mort du grand-père Bellot le 4 et de l’oncle Mexicain le 21 – Visite de Jean de Tinan  à Orthez. – Séjour à Bordeaux chez Charles Lacoste et pèlerinage dans le quartier des Capucins. – Visite de Charles Guérin à Orthez. – Avril : De l’Angélus de l’Aube à l’Angélus du Soir, au Mercure de France, sous la forme du traditionnel in-18° à couverture jaune, ornée du caducée et du pétase ailé. – Souffrances et excursions à Fontarabie, en Espagne, de l’autre côté de la Bidassoa. – Lettres réconfortantes de Barrès et de Claudel. – Juillet : Quatorze prières, Orthez, imprimerie de E. Faget. (P : Ms 452/14, O : Ms 6 ; O : Ms 165) – Visite de Marcel Schwob et Marguerite Moreno à Orthez. – Septembre-octobre : séjour chez Gide, au château de la Roque-Baignard (Calvados). – « Élégie quatrième ». – Séjour à Magny-les-Hameaux chez le musicien Raymond Bonheur (visite de Versailles et de Port-Royal). – Début de l'amitié avec Arthur Fontaine. – Retour à Orthez : nouvelles Élégies et souvenir douloureux de Mamore.

1899

Février : Francis Jammes est, avec Henri Duparc, témoin au mariage de Charles de Bordeu. – Hiver : composition de nouvelles Élégies. – Invention de Clara d’Ellébeuse puis, en avril-mai, composition du poème dialogué La Jeune Fille nue. – Printemps : visite de Thomas Braun et bienfaisante solitude à Orthez – Juin : Clara d’Ellébeuse ou l’histoire d’une ancienne jeune fille paraît au Mercure de France (P : Ms 526). – Juillet : La Jeune Fille nue paraît dans L’Ermitage. – Fin de l’été : découverte de la Provence avec sa mère (née à Sisteron), de la Grande Chartreuse et de Chambéry : pélerinage aux Charmettes, dans les pas de Jean-Jacques Rousseau. – Compose Le Poète et l’Oiseau, dédié à Charles Guérin.

1900

22 mars : conférence à Bruxelles à la Libre Esthétique : Les Poètes contre la Littérature (O : Ms R6). Visite la Belgique (Bruges et Anvers : visite à Max Elskamp) ainsi que la Hollande où il écrit le poème « Amsterdam » (P : Ms 452/20). À Paris, à l’aller, il avait rencontré Debussy et Odilon Redon ; au retour, il est reçu avec Gide, par Paul Claudel. – Pénible retour à Orthez : chagrin sentimental et éreintement littéraire par Catulle Mendès et Gaston Deschamps. Naissance de la deuxième fille spirituelle : Almaïde d’Étremont. – Été : les « sirènes spécieuses » à Pau. – Séjour à Estang. – Avec Arthur Fontaine à Biarritz puis dans les Pyrénées. – 18 août : mort d’Albert Samain. – Écrit l’admirable Élégie à Samain (O : Ms 257). – Écrit aussi les acides vingt-six chapitres intitulés Existences, sous-titrés « Et c’est ça qui s’appelle la vie » : satire des mœurs orthéziennes et défense des humbles (« Vous seuls avez de la dignité, les pauvres »).

1901

23 mars : Le Deuil des Primevères, au Mercure de France. – 8 mai : visite de Charles Guérin et séjour sur la côte basque. – Juin : Almaïde d’Etremont (P : Ms 527), au Mercure de France, suivi de Notes, Deux proses, Sur Jean-Jacques Rousseau et Madame de Warens, aux Charmettes et à Chambéry. – Juillet : commence Jean de Noarrieu à Orthez : exaltation virgilienne des travaux rustiques, de la simplicité des cœurs, de la sensualité des corps. – Achève Jean de Noarrieu à Gavarnie et rencontre le célèbre pyrénéiste Henry Russell – Escapades paloises et pittoresques repas à l’Hôtel des Balances. – Jean de Noarrieu, dans L’Ermitage.

1902

28 mars : mort de Flore, la chienne amie. – Avril : idylle dans un domaine des environs d’Orthez (chez ses amis Barbey) avec Mlle Antoinette Meunier, fille d’un médecin palois. Sous le nom de Nette, cet idéal de « la jeune fille à l’âme toute claire » inspirera plusieurs des élégies qui seront regroupées en 1905 dans Tristesses (P : Ms 278). – Printemps : Le Roman du Lièvre est achevé à Bielle, village de la vallée d’Ossau (Basses-Pyrénées). – Visites à Orthez, dont celle du poète Jacques Dyssord et du cher professeur Léon Moulin. – Premières ombres sur l’amitié avec André Gide (désaccords croisés sur Existences et L’Immoraliste). – Le Triomphe de la vie (regroupe Jean de Noarrieu et Existences), au Mercure de France. (P : Ms 433) (O : Ms 220). – 25 juin : première lettre à Anna de Noailles. – Septembre : Le Roman du Lièvre, dans le Mercure de France. – Ébauche de Jonquille ou l’histoire d’une folle (P : Ms 452/28), roman inachevé dont le manuscrit (il faisait partie de la collection Jean Labbé) est conservé à Pau.

1903

Pour oublier ses chagrins et se divertir, Jammes circule beaucoup : sur la côte basque où il va voir Arthur Fontaine, à Estang chez sa sœur, à Bordeaux chez Gabriel Frizeau, à Bagnères-de-Bigorre en compagnie de Paul-Jean Toulet pour y rencontrer Marcel Schwob et Marguerite Moreno, à Saint-Georges de Didonne pour de nouveau y retrouver Arthur Fontaine. – Rencontres : du mathématicien Tannery, de Charles Lacoste, de Déodat de Séverac, d’Odilon Redon. – Le Roman du Lièvre paraît en volume au Mercure de France, dédié à Louis Barbey. (P : Ms 438) (P : Ms 452/23) – Invention de la troisième fille spirituelle et rédaction de Pomme d’Anis ou l’histoire d’une jeune fille infirme : « Pomme d’Anis boite, mais ce lui est presque une grâce »... L’idée du roman vient d’une scène que Jammes a surprise en gare de Mont-de-Marsan, tandis qu’il revenait d’Estang.

 

EN DIEU (1904-1913)

1904

Février : Pomme d’Anis, dans la Renaissance latine. – L’Ermitage publie des pensées philosophiques de Jammes. – Lectures favorites : Homère, Ésope, Théocrite, Virgile, Ovide, Ronsard, Hugo, Leconte de Lisle, Heredia, Plessis, Moréas, Bernardin de Saint-Pierre, Lamartine, Musset, Chanson de Roland, Don Quichotte, Fables de La Fontaine, Rêveries du promeneur solitaire, Robinson Crusoé... découvre aussi la poésie chinoise grâce à une anthologie que André Gide et Marcel Schwob lui ont offerte sans se concerter. – 30 avril : première lettre à Colette. – Automne : les parents de Nette refusent d’accorder la main de leur fille à un poète sans argent : « Plus rien. Je n’ai plus rien, plus rien qui me soutienne. ». – Nouvelle crise morale, retour progressif à la foi catholique et lettre à Paul Claudel. – 24 octobre : réponse habile et passionnée du Consul de France à Fou-Tchéou. – Décembre : édition pour les amis d’une carte postale qui ne pouvait qu’amplifier la légende autour de Jammes.

1905

15 mars : préface aux Dialogues de bêtes de Colette. – Juin : Le Poète et sa femme, dans L’Ermitage : poème dialogué en trois actes où se mêlent révolte et résignation, éléments mythologiques et autobiographiques. – Juillet : Claudel, qui avait débarqué de Chine au printemps, s’installe aux Eaux-Chaudes, en vallée d’Ossau (Basses-Pyrénées). – 7 juillet : « conversion », ou plutôt retour à la foi, sous les auspices de Dom Michel Caillava et de Paul Claudel. – Novembre : publication chez E. Faget, à Orthez, d’une plaquette intitulée Tristesses contenant vingt-quatre poèmes inspirés par Nette (P : Ms 278). – 30 novembre : Gide lit L’Église habillée de feuilles chez Arthur Fontaine pour quelques amis dont les Mithouard, Raymond Bonheur, Paul Claudel.

1906

Mars : Pensée des Jardins, au Mercure de France. – 25 mars, jour de l’Annonciation : pèlerinage au château du Cayla (situé sur la commune d’Andillac, non loin de Gaillac, Tarn), berceau de Maurice et Eugénie de Guérin, modèles de romantisme et de catholicisme. – 28 mars : L’Église habillée de feuilles paraît en plaquette (350 exemplaires) au Mercure de France. – Le poème écrit au retour du Cayla est achevé le 15 mai : il est encore intitulé Clairière (au singulier) dans le Ciel – Juin-juillet-août : ce qui va devenir En Dieu (O : Ms 142) paraît, toujours sous le titre Clairière dans le Ciel, dans la revue Vers et Prose. – Octobre : Clairières dans le ciel, au Mercure de France, réunit En Dieu, Tristesses, Le Poète et sa Femme, Poésies diverses, L’Église habillée de feuilles et confirme l’évolution vers la prosodie classique. L’Église habillée de feuilles se termine par Le Rosaire dont la partie 33 (« Les Mystères douloureux ») a été mise en musique par Georges Brassens (P : Ms 452/31).

1907

La légende du « Cygne d’Orthez » se répand à l’étranger et en France avec, en particulier, le « À la manière de… » concocté par Charles Muller et Paul Reboux mais aussi avec l’étude d’Edmond Pilon intitulée « Francis Jammes et le sentiment de la Nature ». – 5 mars : conférence au Palais d’Hiver de Pau : "Les Jeunes filles et les Fleurs" (O : Ms R6). – 17 mars : apprend la mort subite de Charles Guérin. – 1er avril : « Charles Guérin », Mercure de France. – Séjour en Espagne chez sa cousine directrice de la Maison de Saint-Maur. – 1er mai : Souvenirs d’enfance (O : Ms R1 et P : Ms 452/34) au Mercure de France. – Juin : voyage à Luneville pour s’incliner sur la tombe de Charles Guérin. – 14 juillet : une lettre lui est adressée de Bucy-le-Long (Aisne) par Mlle Geneviève (dite Ginette) Goedorp. – 18 août : Mlle Goedorp rencontre Jammes chez Aménaïde Lajuzan, à Pau. – 19 août : fiançailles à Lourdes. – 8 octobre : mariage à Bucy-le-Long. Le père Michel Caillava bénit l’union, Arthur Fontaine et Ernest Caillebar sont les témoins pour le marié. – Octobre : voyage de noce sur la côte basque, avec Hendaye pour épicentre. – 1er décembre : installation dans la maison « Major », à Orthez, avec sa mère et Diane, la nouvelle chienne de chasse. – 4 décembre : le couple reprend le chemin de Bucy-le-Long pour y passer les fêtes de Noël et du Jour de l’An. Francis Jammes y compose les vingt Poèmes mesurés, sortes de croquis pointillistes constitués, d’où le titre, de dix alexandrins.

1908

Printemps harmonieux dans la nouvelle demeure. – Avril : Poèmes mesurés, Mercure de France. – Jammes reçoit à Orthez la visite de Charles de Saint-André, un jeune homme passionné de poésie et de pêche. – Il fréquente les Chesnelong, M. Lamieussens, les membres de la conférence de Saint-Vincent de Paul et tous ceux qui « aux jours de Fête-Dieu, n’avaient point honte d’escorter le Christ ». – Mai : écriture de l’Églogue de Printemps, soit 449 alexandrins et cinq vers de treize syllabes consacrés à Alexandre de Ruchenfleur, un vieux notaire assez proche de Jean de Noarrieu mais nanti d’une foi aussi robuste que simple. – L’Églogue d’Été ou Paysanne est quant à elle écrite en vers libres, comme neuf autres poèmes pastoraux composés entre le 27 juin et le 7 juillet. – Juillet : Alexandre de Ruchenfleur paraît dans la revue L’Occident dirigée par Adrien Mithouard. 19 août : naissance de Bernadette. François, le voisin savetier (pour qui le poète vient d’écrire une églogue) est témoin officiel à la mairie d’Orthez.

1909

Janvier : Yvette Guilbert interprète au Gymnase des poèmes de Jammes. – Mars : onze Églogues sont réunies dans Rayons de miel, une œuvre toute de paix et de quiétude que publie La Bibliothèque de L’Occident à Paris. – Printemps : Mme Goedorp reçoit pendant un mois sa fille et son gendre dans l’Aisne. – Au retour, à Paris, le couple est reçu chez Gide. Début de collaboration à la nouvelle Revue Française. – Beaucoup de jeunes écrivains tournent les yeux vers Orthez : Francis Carco, Tristan Derème, Émile Despax, Alain-Fournier, Henri Pourrat, Jules Romains, André Lafon (La Maison pauvre), François Mauriac (Les Mains jointes), Robert Vallery-Radot (L’Eau du Puits). 25 décembre : naissance d’Emmanuèle.

1910

Mai : Ma fille Bernadette (O : Ms 163 et P : Ms 452/36), au Mercure de France est une action de grâce au Créateur et un poétique traité sur l’art d’être père. – Nouveau malentendu avec Gide qui refuse d’insérer dans la N. R. F. un article de Jammes écrit à l’occasion de la mort de Charles-Louis Philippe. – Juillet : écrit La Brebis égarée à Bucy-le-Long. – Excursion à Villeneuve-sur-Fère, pays de Claudel, à seulement trente-cinq kilomètres de Bucy. – Arrêt à Paris où Jammes lit La Brebis égarée devant un cénacle d’amis. – Se rapproche de la revue animée par Georges Dumesnil : L’Amitié de France. – Pour chanter « La beauté que Dieu donne à la vie ordinaire », se lance dans l’écriture des Géorgiques chrétiennes. – 16 décembre : parution du chant I de ce vaste poème lyrique et religieux au Mercure de France.

1911

Jammes écrit les chants III, IV, V et VI des Géorgiques chrétiennes : les chants III, IV et V paraîtront en revue entre avril et décembre. – 26 mars : rédaction de l’avertissement liminaire des Géorgiques chrétiennes. – Avril : visite de Valery Larbaud à Orthez. – 30 mai : un numéro des Tablettes est entièrement consacré à Jammes. – Août : visite de François Mauriac et André Lafon. – 20 août : naissance de Marie.

1912

Janvier : parution du chant VI des Géorgiques chrétiennes dans les Cahiers de l’Amitié de France. – 30 avril : achevé d’imprimer, en un seul volume, des Géorgiques chrétiennes, au Mercure de France (les sept chants avaient d’abord paru sous la forme de trois fascicules). – L’Académie française décerne à Jammes le prix Saint-Cricq-Théïs, d’une valeur de 3000 francs, pour Les Géorgiques chrétiennes. – Échec à l’élection de Prince des Poètes : c’est Paul Fort qui est élu. – Juillet : Vichy et relations cordiales avec Valery Larbaud. – Visite de Darius Milhaud venu faire entendre sa partition pour La Brebis égarée.  – Septembre : séjour au manoir de Lassagne, à Moncrabeau, chez Georges Dumesnil avec l’équipe des Cahiers de l’Amitié de France : François Mauriac, André Lafon, Robert Vallery-Radot, Eusèbe de Bremond d’Ars. – Assiste aux vendanges chez sa sœur, à Estang. – Nommé par l’abbé Cauhapé membre du conseil paroissial de l’église Saint-Pierre d’Orthez, il éprouve une grande joie en observant que Charles de Bordeu a renoué avec la foi catholique.

1913

3 avril : se rend seul à Paris où il habite chez Arthur Fontaine et rencontre Anna de Noailles ainsi que Jean Cocteau. – 9 avril : répétition générale de la Brebis égarée au Théâtre de l’Œuvre de Lugné-Poe. – 10 avril : retour à Orthez. – 6 juin : naissance de Paul, le quatrième enfant, filleul de Paul Claudel. – La Légion d’honneur lui est refusée, pour des raisons qui ne sont pas que littéraires. – Automne : inquiétudes pour la santé de la petite Marie qu’il veille en relisant les Évangiles. En tire de très franciscaines « Méditations » qui paraîtront sous le titre de Feuilles dans le vent, au Mercure de France.

 

LE PATRIARCHE ET SON TROUPEAU (1914-1938)

1914

Francis Jammes et sa famille sont en vacances à Mimizan (Landes) quand éclate la guerre. – Dispensé de mobilisation du fait de son âge (46 ans) et de ses quatre enfants, Francis Jammes est nommé administrateur de l’Ambulance de guerre, à Orthez : passe des heures auprès des grands blessés auxquels il fait la lecture, accompagne les plus valides dans leurs promenades, reçoit à sa table les originaires de l’Aisne, écrit des lettres aux familles... Écrit aussi en 1914, Ambulances de Béarn et de Bigorre (P : Ms 270) qui deviendra Provinciale durant la guerre (P : Ms 429).

1915

30 mai : naissance de Michel. – L’administrateur de l’Ambulance de guerre à l’asile protestant d’Orthez continue de se dévouer, ce qui lui laisse moins de temps pour écrire, sinon des courriers en relation avec sa tâche.

1916

Janvier : rencontre avec Marcel Proust chez Mme Alphonse Daudet (P : Ms 357). – Mars : Cinq Prières pour le temps de la guerre, à la Librairie de l’Art catholique. – Mai : Le Rosaire au soleil, au Mercure de France (P : Ms 448, Ms 453, Ms 454). – 23 décembre : conférence intitulée « La Voix des Fontaines de Lourdes » à l’Université des Annales à Paris.

1917

Jammes reçoit le "Grand prix de Littérature de l’Académie française" (d’un montant de 10 000 francs). – 28 juin : naissance d’Anne (sixième enfant). - Août : termine Monsieur le curé d’Ozeron. – Décembre : Conférence à Pau au profit des Œuvres municipales de guerre.

1918

Janvier : rencontre Anna de Noailles chez Arthur Fontaine. – 2 février : nouvelle conférence, intitulée « Le Rivage des Cieux », aux « Annales » à Paris. – Monsieur le Curé d’Ozéron, au Mercure de France – 11 novembre : chassait la bécasse dans la campagne orthézienne quand les carillons de l’armistice sonnèrent à toute volée. 560 écrivains français (recensés) ont perdu la vie pendant la guerre. Parmi eux figurent plusieurs amis de Francis Jammes, parmi lesquels Alain-Fournier, Olivier Hourcade, André Lafon, Léo Latil, Jean de la Ville de Mirmont. – 14 décembre : naissance de Françoise, septième et dernier enfant.

1919

Février : La Vierge et les sonnets, au Mercure de France. Voyage à Paris en vue de sa candidature à l’Académie française. – Mars : La Rose à Marie (P : Ms 524) chez Édouard-Joseph. – Avril : Une Vierge, chez Édouard-Joseph. – Août : La Noël de mes enfants, chez Édouard-Joseph.

1920

Janvier : Le Poète Rustique, au Mercure de France. – 3 juin : premier échec à l’Académie française (le médiéviste Joseph Bédier est élu avec 20 voix et succède à Edmond Rostand. Francis Jammes recueille huit voix et Paul Fort deux).

1921

Janvier : Épitaphes, à l’Art catholique (P : Ms 439 et 440). – Mars : Le Livre de Saint-Joseph, chez Plon (P : Ms 430, P : Ms 452/39 et O : Ms 226). – 16 avril : conférence sur Henri Duparc à Bordeaux. – Août : à la suite d’un héritage providentiel, la famille Jammes quitte Orthez et s’installe à Hasparren, maison Eyhartzea. – Été : visites d’Anna de Noailles puis de Henri Ghéon. – Septembre : Mémoires (tome I) : De l’Âge divin à l’Âge ingrat, chez Plon. – Novembre : Le Tombeau de Jean de La Fontaine, au Mercure de France. Le Bon Dieu chez les enfants (P : Ms 447), chez Plon. – Décembre : conférence à Bruxelles sur « Le Poète », à la demande de Thomas Braun.

1922

Mars : Le Poète et l’inspiration, à Nîmes, chez A. Gomès. – Août : Mémoires (tome II) : L’amour, les Muses et la Chasse, chez Plon.

1923

Mars : Le Premier Livre des Quatrains, au Mercure de France (O : Ms 32 et 131). Claudel et Mauriac admiraient ces pièces courtes au moyen desquelles, tel les auteurs de haïkaïs, le poète avait voulu exprimer en quatre vers « le drame et la méditation d’une existence entière » (Préface au Premier Livre) (P : Ms 434) – 3 septembre : apprend par le Journal Officiel l’annonce de sa nomination au grade de Chevalier de la Légion d’honneur sur proposition de Léon Bérard. Le jour même, refuse cette distinction. – Septembre : Mémoires (tome III) : Les Caprices du poète, chez Plon. – Novembre : Cloches pour deux mariages (P: Ms 132), au Mercure de France. Le Deuxième Livre des Quatrains, au Mercure de France (O : Ms 237 et 265). – 10 décembre : reprise à l’Opéra-Comique de la Brebis égarée, décors de Charles Lacoste (P : Ms452/63), musique de Darius Milhaud (P : Ms 452/64).

1924

1er février : conférence à Paris, salle de la Société de Géographie, sur « Ronsard et le sentiment de la nature » (O : Ms R2 et P : Ms 452/51). – Novembre : second échec à l’Académie française au fauteuil de Pierre Loti. – Décembre : Troisième Livre des Quatrains, au Mercure de France.

1925

Janvier : Les Robinsons basques, (P : Ms 517) au Mercure de France (vieille légende basque transformée en roman). – Mai : Quatrième Livre des Quatrains, au Mercure de France (O : Ms 31 et 131). – Brindilles pour rallumer la foi (O : Ms 216), aux éditions Spes.

1926

Janvier : Ma France poétique (O : Ms 38-39), au Mercure de France. – Février : début de la rédaction du Patriarche et son troupeau (P : Ms 129-431). Trente-six femmes, au Mercure de France. – Décembre : Basses-Pyrénées, histoires naturelles et poétiques, chez Émile-Paul (O : Ms 36).

1927

Avril : Lavigerie, chez Flammarion, collection « Les Grands Cœurs ». – Septembre : Ouverture du printemps, à « La Centaine ». – Octobre : Le Rêve franciscain, « Les Arts et le Livre », aux Éditions Crès. – Les enfants se dispersent ; Bernadette seule reste au foyer où elle fait office de secrétaire de son père. – Janot-Poète est achevé.

1928

Mai : Diane ( P : Ms 125 et P : Ms 131), dans la "Collection poétique" de L’Ermitage (il s’agit d’une brève comédie antiquisante en vers qu’Alfred Vallette n’avait pas voulu éditer). – Visite de Paul Valéry à Hasparren. – Juin : Îles, chez Mermod. – Janot-poète, au Mercure de France (P : Ms 125) – La Divine douleur (P : Ms 448, 453, 454), chez Bloud & Gay. En tête de ce volume, Jammes a inséré son testament spirituel (P : Ms 448 et P : Ms 452/50) – Les Nuits qui me chantent, chez Flammarion (P : Ms 275 et 531 à 534).

1929

Janvier : La Vie de Guy de Fontgalland, chez Viette (O : Ms 198).

1930

Champêtreries et méditations, aux Horizons de France. – Mai : Leçons poétiques, au Mercure de France (réunion d’une série d’articles de critique littraire). (P : Ms 445 et P : Ms 535) – Juillet : Georges-Clément de Swiecinski (O : Ms 73) exécute le buste en terre cuite du poète.

1931

Mars : L’École buissonnière, au Mercure de France. (P : Ms 277). – Juin : L’Arc-en-ciel des amours, chez Bloud & Gay.

1932

Mai : L’Antigyde ou Élie de Nacre, au Mercure de France. (P : Ms 536 à 538). – 31 août : conduit à l’Abbaye de Saint-Wandrille (Seine-Maritime) son fils Michel qui doit y prendre l’habit de Bénédictin. – 4 septembre : inaugure les trois nouvelles cloches de l’église de Bucy-le-Long sur lesquelles sont gravés trois quatrains de circonstance du poète. – Du 5 au 8 septembre : séjour dans les Ardennes belges, à Maissin, chez son ami Thomas Braun.

1933

Février : Pipe, chien, au Mercure de France.

1934

Avril : Le Crucifix du Poète, chez d’Hartoy (O : Ms 62 ; 84 ; 121 ; 194). – 5 avril : mort de Mme Victor Jammes à l’âge de quatre-vingt-treize ans. Enterrement à Orthez : dernier passage du poète dans cette ville tant aimée. – Décembre : La Pharmacie du Bon Samaritain (O : Ms 85 et P : Ms 443), aux Œuvres représentatives.

1935

Rédaction de L’Horloge de la vieille église (P : Ms 522). – Juin : De tout temps à jamais, chez Gallimard. La préface adjointe à ce recueil lui vaut les attaques d’une grande partie de la critique : « De mes premiers Vers jusqu’à mes quatre Livre des Quatrains incompris encore, sinon volontairement passés sous silence par une critique indigne d’écrire, la plupart du temps corrompue par l’argent de la publicité, la politique, l’opportunisme, la soif des honneurs, j’ai toujours suivi la même ligne. Elle est celle de la poésie éternelle. » – Tient à La Nouvelle Revue Française une rubrique qu’il a intitulée « L’Air du mois ». Alouette (O : Ms 58 et P : Ms 446).

1936

L’Académie française lui décerne le prix d’Aumale d’une valeur de 10 000 francs. – Septembre : Le Pèlerin de Lourdes, à la N. R. F.  (O : Ms 14). – Octobre : Sources, au Divan (O : Ms 70 ; Ms14f et P : Ms 452/60). Les Feux (O : Ms 71a et P : Ms 520), écrits en 1936 et 1937, ne paraîtront que six ans après la mort du poète, joints aux Sources (Mercure de France, 1944), avec une introduction d’Yves-Gérard Le Dantec.

1937

Dernier voyage à Paris : grand succès de sa conférence du 25 octobre au Théâtre des Champs-Élysées. Encadré par Paul Claudel et François Mauriac, fait le bilan d’une vie consacrée à la poésie. La presse unanime rend hommage à celui qui avait tant souffert de se sentir sous-estimé.

1938

Maladie et déclin. – Mariage d’Anne à Buglose. – 22 février : les animaux les plus inoffensifs meurent aussi, comme la petite rainette introduite dans l’aquarium en juillet 1932 : « Cette petite feuille verte est morte ce matin à 9 h 30 ». – Mars : Françoise entre chez les Sœurs Blanches. – 27 mars : « le patriarche de Hasparren » assiste à une partie de pelote au trinquet de sa ville d’adoption. – 26 mai : se précise « la ronflante menace des vautours d’Hitler ». – 9 juin : « J’ai reçu à sept heures du matin l’extrême-onction que j’avais demandée. » 11 juin : « S’endormir dans le Seigneur. Pax tecum. » – 30 juin : « J’ai rêvé que de mes jeunes amis faisaient abattre en signe de deuil, à l’origine d’une vieille route orthézienne, deux arbres qui n’étaient qu’une explosion d’aurore. » – Octobre : La Légende de l’Aile ou Marie-Élisabeth, à Uzès, Éditions de la Cigale (O : Ms 67c). Longs mois d’une souffrance supportée avec courage. – 1er novembre : mort de Francis Jammes à Hasparren. Le dernier mot perceptible qu’il semble avoir prononcé fut : ORTHEZ. Sur sa tombe, une simple inscription :

FRANCIS JAMMES POÈTE

Moins d’un an avant de mourir, le jour anniversaire de sa naissance, Francis Jammes récapitulait :

2 décembre. – Je suis né cette nuit, à Tournay (Hautes-Pyrénées), le 2 décembre 1868. Je vais donc entrer dans mon soixante-dixième hiver, et je me souviens d’un feu, d’une rivière, de mes chers parents, d’une place de village avec des clous dans un tas de cendre, de la boule de verre d’une rampe, d’un papillon jaune, de mes premiers vers écrits à Saint-Palais lorsque j’avais sept ou huit ans, de ma camaraderie avec le peintre Charles Lacoste, de la silhouette grise et pâle d’une jeune fille, de mon existence bucolique à Orthez, de mon mariage, des lourdes épreuves que ma femme et moi avons supportées ensemble en bâtissant un solide foyer de cendre, de larmes et de foi, – et tout ce dont la vie m’a comblé : avant tout, d’amis incomparables qui m’ont traité en enfant gâté. Je crois que si Dieu voulait bien m’accepter, je m’en irais maintenant avec facilité, les mains jointes et liées par mon chapelet, si je ne songeais à ceux qui me pleureront et aux vulgaires difficultés qui pourront angoisser ma famille.

 

Les Airs du mois, 2 décembre 1937

 


Extrait du Ms214, Médiathèque Jean-Louis Curtis, Orthez

 

Jacques Le Gall