BAUBY, Léopold (1867-1933)

Né à Pau le 12 juin 1867. Son père était inspecteur des Eaux et Forêts et sa mère, Isabelle, avait pour frère Adrien Planté. Le 4 octobre 1918, il succéda à Paul Lafond au poste de Conservateur du Musée des Beaux-Arts de Pau.

Il fut l’ami intime de Paul-Jean Toulet. À peine âgé de quatre ans, Francis Jammes avait vu Léopold Bauby chez ses grands-parents maternels, à Pau. Il le retrouvera plus tard à Orthez où il fréquentera assidûment le lettré, son jardin fleuri et sa riche bibliothèque.

Plusieurs poèmes lui ont été dédiés : « Menuet », le cinquième et très XVIIIème siècle poème de Vers 1892 (OPC, p. 55), un sonnet intitulé « Marguerite » (OPC, p. 1344) dont le manuscrit autographe et signé est conservé à la Médiathèque André Labarrère de Pau (Ms 121) :

 

Mais aussi et surtout « Il va neiger… », pièce écrite en 1888 et que Georges Saint-Clair tient pour « le modèle hivernal entre tous » :

IL VA NEIGER…

À Léopold Bauby

Il va neiger dans quelques jours. Je me souviens
de l’an dernier. Je me souviens de mes tristesses
au coin du feu. Si l’on m’avait demandé : qu’est-ce ?
J’aurais dit : laissez-moi tranquille. Ce n’est rien.
 
J’ai bien réfléchi, l’année avant, dans ma chambre,
pendant que la neige lourde tombait dehors.
J’ai réfléchi pour rien. À présent comme alors
je fume une pipe en bois avec un bout d’ambre.
 
Ma vieille commode en chêne sent toujours bon.
Mais moi j’étais bête parce que ces choses
ne pouvaient pas changer et que c’est une pose
de vouloir chasser les choses que nous savons.
 
Pourquoi donc pensons-nous et parlons-nous ? C’est drôle ;
nos larmes et nos baisers, eux, ne parlent pas
et cependant nous les comprenons, et les pas
d’un ami sont plus doux que de douces paroles.
 
On a baptisé les étoiles sans penser
qu’elles n’avaient pas besoin de nom, et les nombres
qui prouvent que les belles comètes dans l’ombre
passeront, ne les forceront pas à passer.
 
Et maintenant, où sont mes vieilles tristesses
de l’an dernier ? À peine si je m’en souviens.
Je dirais : laissez-moi tranquille, ce n’est rien,
si dans ma chambre on venait me demander : qu’est-ce ?
 

De l’Angélus de l’Aube à l’Angélus du Soir (OPC, pp.161-162)

Signalons encore que l’un des 45 exemplaire hors-commerce de Tristesses lui a été dédié par Jammes. Et que l’ami dont il est question dans « J’ai déjeuné chez un ami » (poème écrit le 1er février 1904), n’est autre que Léopold Bauby :

J’ai déjeuné chez un ami. Des camélias
commencent à jaunir le mur de sa villa.
Voilà longtemps que nous nous connaissons. Déjà
le printemps trop hâtif fleurit le leycestrie
sous lequel, en Eté, nous causons lui et moi.

Clairières dans le Ciel (OPC, p. 560)


C’est Léopold Bauby qui a accueilli au Musée de Pau, en 1931, le buste en terre cuite de Francis Jammes réalisé par Georges-Clément de Swiecinski, mis en dépôt par l’État.

Léopold Bauby a été inhumé au cimetière de Départ à Orthez le 28 novembre 1933.

 

Bibliographie : Léopold Bauby (1867-1933), Pau, Marrimpouey Jeune, 1934. Cette plaquette (16 pages), tirée à 100 exemplaires, contient une préface de Francis Jammes (« Aux Palois ») et des poèmes de P.-J. Toulet, J. Lebrau, F. Jammes.

 

Jacques Le Gall